mercredi 26 novembre 2008

Egalité - Que disait-il de l'ignorance?

8-Que disait-il de l’ignorance ?
Agir avec et pour les pauvres lui semblait demander des clefs pour comprendre ce qui se passait en réalité. Il osait parler de l’ignorance des élites. Dans les solutions qu’il mettait en avant, l’émancipation culturelle des élites de la société civile mais aussi des élites politiques lui semblait prioritaire car il osait s’interroger sur la capacité des hommes politiques à prendre de bonnes décisions en matière de pauvreté sans avoir ni l’expérience ni la connaissance de la misère, sans référence aucune aux problèmes concrets des gens pour lesquels ils légifèrent.
Les plus pauvres avaient droit au savoir. Après avoir organisé la bibliothèque de rue, Il organisa dès 1972 des réunions informelles (la " Cave", car elles avaient lieu dans une cave à Paris ) qui prirent plus tard le nom d’Universités Populaires du Quart-Monde. Ce faisant, il a non seulement voulu que les pauvres soient éduqués mais aussi - plus fondamentalement - qu’on les écoute. Dans ces lieux se débattaient les problèmes de société. C’est ainsi que certains professionnels de l’action sociale et des membres des élites intellectuelles parisiennes rencontrèrent les plus pauvres et purent se former. En ce lieu particulier le but avoué fut qu’on prenne en compte, pour orienter les actions de l’État, ce que les pauvres auraient à dire sur tel ou tel problème de société.
Selon lui, la société civile avait également le droit et sans doute le devoir de comprendre l’extrême misère. Il fit donc de nombreuses conférences et il organisa des sessions de formation pour des gens de métiers concernés par la misère extrême (assistantes sociales, éducateurs, instituteurs) Ces formations furent structurées autour du savoir-faire des professionnels avec une seule interrogation : comment agir en présence de situations extrêmes pour tenir compte de la réalité vécue par les plus pauvres tout en respectant les pauvres et en intégrant tous les savoirs de la profession.
C'est le savoir qui libère l'homme : voilà l'essentiel de la pensée de Joseph Wresinski sur l'ignorance. Mais c’est un savoir fait de réflexion et de travail concret. A ATD Quart-Monde tout le monde effectue du travail manuel et tout le monde participe à la réflexion sur l'exclusion, sur la pauvreté extrême et sur l'état de la société. Tout le monde écrit. " Celui qui sait apprend à celui qui ne sait pas."


Textes choisis de Joseph Wresinski
" Pourquoi le Sous-Prolétariat est-il si difficile à accepter, à accueillir ? Nous en parlions dans cette salle même, l’année dernière, et nous disons que depuis Karl Marx, personne n’avait jamais accepté cette population. Personne, même pas le plus charitable d’entre les charitables, n’a jamais pu endosser, accepter le sous-prolétariat. [...] Je veux voir avec vous les choses comme elles sont. Ce ne sont pas plus les riches qui roulent en Cadillac que ceux qui roulent en trottinette qui sont plus ou moins responsables. La question est beaucoup plus sérieuse et plus profonde. Ce n’est jamais une seule classe qui est responsable de la misère. Ce sont toutes les classes. Ce n’est pas une institution qui est responsable, ce sont toutes les institutions. Toutes les communautés aussi sont responsables. Si nous disons autrement, nous nous jouons la comédie. Car c’est nous qui créons la misère... Pour ma part, aurai-je alors à leur prêcher la révolution qui va leur faire obtenir ces droits ? Je ne le pense pas."
La misère des exclus dans les sociétés riches. Conférences à Fribourg. Genève et Lausanne. 27-28 Mai 1967.
" " Le travail libère " furent les mots inscrits au fronton du portail de certains camps de concentrations allemands. Le travail oui, dans la mesure où il apporte à l’homme un savoir. C’est le savoir qui libère l’homme ; le travail, lui, peut être tellement abêtissant qu’il fait de l’homme un esclave jusque dans l’âme. Ma propre expérience de jeune grandissant dans la misère et tout ce que j’ai pu voir par la suite dans les zones de misère du monde n’ont cessé de me dire que le savoir libère ! Le savoir permet de discerner ce qui se passe autour de vous, de l’analyser, de le comprendre, d’en découvrir les mécanismes et, en fin de compte, d’en attaquer les causes. Sans savoir, vous ne pouvez être qu’en encadré, à la périphérie de la vie des autres, touché par le malheur dans votre peau, sans en avoir l’intelligence, de sorte que vous vous battez contre l’aile d’un moulin à vent. Le savoir nous permet d’aller au cœur des choses, de prévoir les conséquences de telle ou telle situation."
La grande pauvreté, une population de notre terroir.
Conférence à Grenoble, 9 février 1972.

Extraits du livre : Agir avec Joseph Wresinski , éditeur chronique sociale.

jeudi 13 novembre 2008

Fraternité : Résignation ou Utopie ? Ouvriérisme ou Paternalisme?

45. Résignation ou Utopie ? Ouvriérisme ou Paternalisme ?
La compassion pour lutter contre l’exclusion est à la mode mais elle s’accompagne trop souvent de l’appel à la résignation ou d’un constat de fatalité entraînant la passivité. C’est une façon de ne rien changer, de maintenir le cap des privilèges toujours aux mêmes. Vu l’influence des penseurs du christianisme social dans la formation du créateur de l’expression "Peuple du Quart-Monde" on peut se demander si la façon d’avoir affaire à l’autre de Joseph Wresinski ne serait pas trop sentimentale, utopique, une utopie à effet réactionnaire du type de celle qui accompagna l’essor du capitalisme au XIXe siècle, c’est-à-dire démobilisatrice comme le décrit Albert Jacquard quand il disait : " Une utopie démobilise, elle annihile les forces en faveur du changement, si elle n’est pas accompagnée de l’appel aux actes immédiats permettant de s’en approcher. L’exemple extrême d’une attitude utopique prônant la passivité a été celle de l’Église du XIXe siècle proposant à la classe ouvrière éhontément exploitée de prendre patience, les souffrances subies sur cette terre lui ouvrant après la mort les portes du Paradis. Cette " utopie" a en effet été réactionnaire. En revanche, le discours de ceux qui imaginaient une société où aurait disparue l’exploitation de l’homme par l’homme était mobilisateur car ceux-ci proposaient un chemin capable de s’approcher de cet état idéal. Pour que la description d’une utopie soit facteur de changement, il faut qu’elle apparaisse comme réalisable, du moins à long terme." .[..]
La fraternité est un sentiment. Mais chez Joseph Wresinski c’est une manière très personnelle d’agir librement pour que soit respectés tous les hommes. La fraternité de Joseph Wresinski est d’abord une action et même une action orientée vers l’avenir, pour un changement significatif. Pas d’effet réactionnaire donc. Bien sûr restent des questions. Comment peut-on marquer sa fraternité avec des enfants qui cherchent de la nourriture dans les poubelles sinon en les nourrissant ? Joseph Wresinski lui, a fait une autre réponse. Ni totalement abstraites comme le sont la solidarité de principe et la compassion officielle ou l’indignation politique vertueuse, ni totalement concrète comme la distribution de nourriture qui soulage de la faim sur le moment mais sans résoudre le problème. Il a poussé les parents à aller travailler, à refuser l’assistance. Il est allé les réveiller le matin pour qu’ils puissent se présenter à un boulot à l’heure.[…]
Joseph Wresinski lui-même a dénoncé à la fois l’ouvriérisme : " Parti pris irrationnel pour l’ouvrier " et le paternalisme : " Dans le paternalisme, l’autorité est d’un seul côté et le respect dû d’un seul côté également." . Que Joseph Wresinski ait un parti pris irrationnel pour les pauvres, qui pourrait le nier ? C’est un parti pris qui vient de son enfance pauvre, de ses propres souffrances, de ses questionnements d’enfant, autant que de sa foi. Le fait qu’il ait voulu étendre à d’autres personnes cette préoccupation fondamentale pourrait être qualifiée d’ouvriérisme bien sûr. Mais Joseph Wresinski n’a jamais prôné quelque chose qui ressemblerait à la dictature du sous-prolétariat. Il a même annoncé et souhaité la nécessaire disparition du sous-prolétariat. Joseph Wresinski, pour cette raison, s’est lancé dans une recherche des clés pour comprendre l’extrême pauvreté. Moins encore que d’ouvriérisme, Joseph Wresinski ne peut être suspecté de paternalisme, car la condescendance lui était tout à fait étrangère. En commençant par les actions très concrètes et dérangeantes que nous avons citées plus haut, Joseph Wresinski a inversé totalement les pôles du respect "toujours dans le même sens" sans aucune ambiguïté.
Textes choisis
" C’est dans ce Mouvement que nous avons appris que seuls, nous ne pouvions rien, qu’il nous fallait nous unir à tous ceux qui luttent contre la faim et la misère, contre le racisme et l’exclusion, pour la paix et la justice, pour le pain et la vérité. Nous voulons par notre unité, notre solidarité et notre dignité, qu’il soit désormais impossible de ne pas nous entendre. Alors devenus une force que tous respecteront, les organisations ouvrières, les partis politiques, les associations familiales, toutes les autres associations de citoyens et aussi les Églises nous inséreront dans leurs combats pour la justice et pour l’honneur de l’homme. Alors sera entendu notre message : plus un seul exclu dans nos sociétés, plus un seul citoyen méprisé, plus un seul homme privé de ses responsabilités. Alors oui, nos droits ne seront plus seulement entre nos mains, comme nous l’avions exprimé ici en 1977, comme nous avons dû le vivre si longtemps. Nos droits seront dans les mains de la nation tout entière. Alors, le monde aura changé.".
Familles du Quart-Monde dans une société des Droits de l’Homme, Allocution faite au Rassemblement du Quart-Monde à la Mutualité à Paris, 29 novembre 1981.
" Nous avons réclamé pour nos enfants le droit de vivre dans leur famille. Nous avons exigé de pouvoir être responsables de leur éducation. Nous avons dit que nous attendions que la circulaire de l’Aide sociale à l’enfance nous accorde réellement ce droit, et transforme la pratique des placements, car nous ne voulons plus qu’un seul de nos enfants soit placé parce qu’aux parents sont refusés les moyens de les élever. Nous voyons nos enfants échouer à l’école. Nous voyons nos jeunes dans l’impossibilité d’apprendre un métier et de s’insérer dans le monde du travail [..] Nous avons aussi rappelé notre droit de gagner notre vie par notre travail [..] Nous ne voulons plus avoir nos allocations familiales versées en retard [..] Il n’est pas normal que la tutelle utilise les allocations familiales pour couvrir nos retards de loyer [...] Nous ne voulons plus être des citoyens de seconde zone." .
Familles du Quart-Monde dans une société des Droits de l’Homme, Allocution faite au Rassemblement du Quart-Monde à la Mutualité à Paris, 29 novembre 1981.
" Quelqu’un qui est dans la misère, ne sait pas vraiment quoi faire de sa misère, il ne sait pas comment s’en sortir. Cela est clair. Par contre s’il a une chance d’être avec les autres, d’être attaché à d’autres, il peut partager avec eux sa propre expérience et de l’échange peuvent naître des réponses. Des réponses fondamentales […] Il n’y a pas d’espoir que le Sous-Prolétaire puisse sortir seul de sa situation, d’où nécessité de l’alliance et plus encore nécessité du volontariat, de la mobilisation d’hommes et de femmes qui donnent leur vie.".
Notes personnelles préparatoires à une conférence faite dans le cadre de la fête
Familles du Quart-Monde dans une société des Droits de l’Homme
à Paris , 29 novembre 1981.
Extraits du livre Agir avec Joseph Wresinski, la vie républicaine du fondateur du Mouvement ATD Quart-Monde. Editions Chronique sociale . 2007.

vendredi 24 octobre 2008

Liberté - Quelle est sa pensée politique sur la disparition de la misère?

33. Quelle est sa pensée politique sur la disparition de la misère ?
Dire que Joseph Wresinski veut la disparition de la misère ne suffit pas à expliquer sa pensée. Les ultra-libéraux veulent également la disparition du sous-prolétariat par le jeu de la sélection naturelle et par adhésion à un darwinisme social, les faibles devant progressivement laisser la place à plus compétents qu’eux, à plus forts qu’eux, plus dynamiques qu’eux. Si cette théorie est politiquement minoritaire en France, elle a cependant contaminé tout le discours social. Les pauvres coûtent chers, ils ne sont pas productifs. Nombreux sont ceux qui pensent que les humanistes qui veulent les secourir sont des passéistes, des ignorants, des naïfs.[..]
La volonté d’éradiquer la misère n’était pas nouvelle en 1957 lorsque Joseph Wresinski reprit ce débat. Cette volonté s’était déjà manifestée avant et pendant la grande Révolution, par les soins des Comités de Mendicité tel que le rapporte Alan Forrest : " Ce n’est pas le défaut des biens qui constitue la pauvreté, c’est le défaut de travail." . Les solutions envisagées alors consistaient donc en travaux ruraux d’aménagement des chemins vicinaux et de routes par les plus pauvres. Ces solutions furent reprises par Louis Napoléon Bonaparte sous l’influence de Saint-Simon. En 1848, au moment où Joseph Wresinski situe la grande révolte des pauvres, l’idée de Louis Napoléon Bonaparte était de régénérer le vice par la vertu du travail dans des colonies agricoles qui seraient accordées aux plus pauvres. Bien entendu Joseph Wresinski ne pouvait adhérer à la notion de vice, ni à la vision idyllique et régénératrice de la société rurale. Il sait qu’à la campagne l’exclusion est parfois plus féroce encore qu’à la ville. […]
On ne s’étonnera donc pas de sa conception d’une classe sociale opprimée par toutes les autres, qui est la reconnaissance par Joseph Wresinski de la lutte des classes, mais on ne s’étonnera pas davantage de l’adoption d’un certain ouvriérisme qui se manifeste lorsqu’il affirme sa croyance que les plus pauvres pourront prendre en main, avec d’autres, non seulement leur destinée mais aussi l’évolution du monde. Et puis la véritable considération qu’il a pour les problèmes de la famille, les questions éducatives, et les problèmes de santé, à un point tel que Joseph Wresinski affirma souvent " nous sommes un Mouvement de familles ", s’il agace à gauche parce qu’il sous-entend l’effacement de la personne devant la famille, qu’il laisse croire à la volonté de perpétuation de la famille patriarcale et de ses règles implicites ou explicites défendues traditionnellement par la droite, la mise sous tutelle de la femme par l’homme, cette prise en compte doit cependant être perçue comme précisément un retour salutaire à la dignité de l’homme fondement de la République. Car le fondateur du Mouvement ATD Quart-Monde ajoute quelque chose à la fois aux conceptions courantes sur les classes sociales, et aux conceptions de la famille comme élément de base de la société. Ce qu’il ajoute vient, pour l’essentiel de ses conversations avec les pauvres, de ses contacts quotidiens et approfondis et de sa réflexion sur ce vécu. Il y ajoute rien moins que l’expérience des pauvres et ce n’est pas rien si nous avons en mémoire que les familles qu’il côtoie n’ont rien de conforme à l’idéal de la nation ! Il y ajoute le rappel que l’être humain est un être à considérer dans sa globalité. De là cette affirmation " Nous devons nous rappeler que le jeu politique est impliqué dans la vie de tous les jours, dans tous les combats, qu’il n’y a pas de frontière, qu’il est présent dans tous les pays." . La référence à l’expérience ne signifie nullement sentimentalisme mais bien plutôt construction d’une liberté.
Se baser sur l’expérience des pauvres pour définir une politique? Qui aurait osé prendre cette option dans les années soixante? Joseph Wresinski l’a fait. Avec peu de succès au début, mieux écouté par la suite. Ne connaissant pas les blogs et néanmoins précurseur de ce que revendiqueront plus tard certains candidats aux élections nationales. Sachant très bien par expérience, comme le dit Emmanuel Todd dans un quotidien au moment des élections présidentielles de 2007 que " ceux qui souffrent comprennent plus vite", Joseph Wresinski y ajoutait cette originalité singulière et d’une certaine façon incompréhensible que les pauvres devaient défendre non seulement leurs droits mais aussi ceux des autres : Un rôle éminemment politique.
Textes choisis de Joseph Wresinski
" Le Mouvement refuse toute excuse à la persistance de la misère, elle n’existe que parce que nous l’admettons. Le Mouvement réclame une volonté politique de la détruire ! Le Mouvement n’admet pas qu’on puisse accuser les familles les plus défavorisées de se complaire dans l’extrême pauvreté, d’y demeurer par manque de volonté ou par laisser-aller ! Qui en effet, peut se complaire dans le dénuement et la dépendance. […] Car qui, mieux que ce peuple peut savoir, pour l’avoir vécu, ce qui opprime les hommes, ce qui les détruit ? Si nous écoutions les familles des cités sous-prolétariennes, elles seraient "révélateurs" de tout ce qui dans notre société, brime, écrase l’homme. Elles pourraient être les garants que tout changement, tout progrès, toute orientation politique nouvelle, servent au profit de tous. Leur expérience pourrait nous enseigner ce qu’est réellement la justice, la liberté ! Elles pourraient nous apprendre les exigences qu’impose une vraie démocratie où tout citoyen est entendu parce qu’il est un homme!".
Les trois refus du Mouvement ATD Quart-Monde, Quand l’histoire se rétablit, Revue Igloos N° 97 / 98, Editions Science et Service, 1978.
" Le premier des droits est celui de vivre en tant que sujet de droits. Le premier combat est de reconquérir les moyens de manifester sa dignité, quelle que soit sa condition. la lutte des plus pauvres est d’acquérir leur identité, donc d’être reconnus comme des vivants. Nous oublions souvent que l’identité, la dignité sont les finalités mêmes des droits de l’homme, le but annoncé dans le préambule de la Déclaration Universelle. Nous oublions que la dignité est le fondement essentiel, la raison d’être de ces droits : la dignité et l’identité honorable sont l’alpha et l’oméga des Droits de l‘Homme.".
Pauvreté, mort sociale, espérance de vie, Conférence aux Vingt-sixièmes journées de la Santé Mentale à Paris, le 4 décembre 1981.
" Les plus pauvres de notre temps nous obligent, en effet, d’abandonner cette façon dont nous avons pris l’habitude d’envisager les Droits de l’Homme comme en pièces détachées. Car n’est-ce pas ce que nous faisons, en les dénaturant d’ailleurs, quand nous nous intéressons aux libertés politiques d’un côté, au droit au travail de l’autre, à la liberté d’expression d’un côté, au droit à l’instruction de l’autre, à la liberté de circulation d’un côté, au droit au logement ou à la famille de l’autre … comme si cela avait un sens de parler de la liberté de circulation, pour des hommes et des familles auxquels nous n’offrons pas, d’abord, la liberté de se fixer dans un foyer décent et sécurisant, librement choisi, comme si cela avait un sens de parler de la participation politique, pour des hommes à qui nous n’avons pas offert, d’abord l’alphabet et une place sur le marché de l’emploi. Nous avons pris coutume d’aborder les droits inaliénables en pièces détachées et, sans toujours nous en apercevoir, nous sommes tombés dans l’écueil qui consiste à mettre la charrue devant les bœufs. Car n’est-ce pas ce que nous faisons, quand nous plaçons les droits civils et politiques comme à part, devant les droits économiques, sociaux et culturels qui, en réalité, les rendent opérants.".
Séminaire "Les droits des familles de vivre dans la dignité " organisé par l’Association Internationale des Juristes catholiques, le Mouvement ATD Quart-Monde et le Conseil de l’Europe, à Strasbourg du 9 au 11 décembre 1981

samedi 11 octobre 2008

Egalité - Pourquoi a-t-il considéré les femmes comme des égales et non comme des subalternes?

Pourquoi a-t-il considéré les femmes comme des égales et non comme des subalternes ?

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" Pourquoi avons-nous commencé par les femmes?" s’interrogea-t-il à une réunion de volontaires en 1962. En effet rien n’était moins évident, et rien dans sa formation ne le prédestinait à cela. Il aurait pu comme tant d’autres prêtres s’occuper des ouvriers au sein des usines, ou bien des loisirs des jeunes garçons, ou bien comme avait commencé à le faire l’Abbé Pierre avec Emmaüs, il aurait pu continuer à structurer l’inactivité forcée des certains hommes très démunis autour du ramassage de chiffons, et des différents rebuts de la société de consommation. Mais il avait compris qu’il fallait aider les femmes à être mères lorsqu’elles le souhaitaient ou lorsqu’elles l’étaient déjà, que le conjoint soit le mari selon l’Église, selon l’état civil ou qu’au contraire il soit un compagnon de vie provisoire. Pas de morale donc là dedans. Son histoire personnelle est probablement la source de cette conception des choses mais peut-être plus fondamentalement me semble-t-il faut-il y voir sa capacité à se laisser interroger par le réel.
Ce qui est remarquable c’est qu’il sera rejoint dans cette idée, non pas par son église, mais par une grande figure du féminisme, historienne, Yvonne Knibielher, sa contemporaine qui osa dire tout haut, à 85 ans, cinquante ans après lui, dans le Monde : " Ce que j’espère, c’est que celles et ceux qui se diront féministes à l’avenir auront compris qu’il faut certes aider les femmes à ne pas être mères quand elles ne veulent pas l’être, mais qu’il faut les aider à l’être quand elles le souhaitent." .
Joseph Wresinski disait que les enfants sont acceptés en milieu de grande misère, non pas pour toucher les allocations familiales, mais à cause du sens de la vie qu’ont les familles du Quart-Monde. Il disait : " la famille est le seul refuge quand tout manque" et que les femmes étaient " le pivot de la résistance à la misère." . Mais la famille, telle qu’il la voyait dans le camp, n’était pas la famille de sang, la famille biologique dite naturelle, ni la famille reconnue par la société civile, mais la famille de fait. La famille, pour lui, c’était le " ménage" au sens sociologique du terme parce que c’était le couple avec enfants qu’il côtoyait. Chacun de ces ménages baroques aux yeux de ses contemporains, ces couples condamnables selon la morale, soupçonnés de vices cachés, mais qui assumaient réellement et plus ou moins bien, le souci des enfants, présents ou placés.
Citation de Joseph Wresinski:

" Vous me dites que les parents ne se chargent pas assez de leurs enfants. Or, ils s'en chargent beaucoup, mais ils le font mal. Ils s'imaginent que bien aimer les enfants signifie les avoir toujours dans les jambes, toujours autour de soi. Ils font corps avec eux. Si l'enfant fait quelque chose sans qu'ils l'aient vu, ils ont l'impression de ne pas avoir assumé leur rôle de père ou de mère. Ils préfèrent parfois garder les enfants chez eux que de les envoyer à l'école. Ils ne sont pas vraiment tournés vers ce que la société propose pour partager la charge d'éducation [...] Le cœur du problème était de savoir : ces enfants sont-ils une charge ou sont-ils un bonheur pour les parents? Nous avons vite fait de conclure qu'ils étaient une charge, et les femmes d'ici semblent souvent nous donner raison. Lorsqu'une femme veut du mal à sa voisine, lorsqu'elle est en colère, elle lui dit : " Je te souhaite un enfant de plus". Avoir un enfant serait donc considéré comme un malheur. Regardons pourtant comment les femmes se comportent, quand elles se trouvent devant la réalité d'un enfant qui va venir. Elles savent très bien comment arrêter la grossesse, et elles n'en subiraient aucun contrecoup. Pourtant, y a-t-il ici plus de trois ou quatre fausses couches sur les quelques quatre-vingts naissances, chaque année? En réalité, les avortements sont rares. Cela nous dit quelque chose sur la profondeur du sens de la vie dans notre milieu. Il y a un respect très profond de la vie, et il est important pour nous de le savoir. Il y a là une " valeur gardée", la seule peut-être qui permette à l'homme dans la misère de se sauver. […] Les enfants sont acceptés à cause de ce sens de la vie et non comme le disent les mauvaises langues, pour toucher les allocations familiales [..] La question de l’argent, n’est-ce pas à la société qu’il faut la poser ? La société disons-nous, doit aider à la limitation des naissances, mais aussi donner de l’argent aux familles, selon leurs besoins et leurs moyens.".
Les enfants en milieu de misère, avril 1962, Écrits et paroles, t 1, p. 58.

Extraits du livre :
Agir avec Joseph Wresinski.
L’engagement républicain du fondateur du Mouvement ATD Quart Monde .
Editions chronique sociale-2008- 320 p.
En vente aux éditions chronique sociale, aux éditions Quart Monde et en librairie. 16,90 euros

dimanche 5 octobre 2008

Fraternité - Se référer à une religion est-il nécessaire ?

Se référer à une religion est-il nécessaire ?

Dans sa réflexion sur l’ordre établi, Joseph Wresinski a intégré des références diverses. Marx l’interpellait par sa préférence pour les humbles malgré ses jugements sur le " Lumpenprolétariat ", il y revient souvent nous l’avons vu. L’Église en tant qu’institution lui semblait absente des lieux de misère. Il est persuadé cependant que les plus pauvres ont besoin de Dieu. C’est sans aucun doute un point de désaccord fondamental avec les plus laïques de ceux qui, sans être croyants, auraient cependant le désir de s’investir dans la lutte contre la misère auprès du Mouvement ATD Quart-Monde.
Selon Pierre Bourdieu : " Il n’y a jamais de mots neutres pour parler du monde social et le même mot n’a pas le même sens selon la personne qui le prononce." . […]
Pour Joseph Wresinski, le Mouvement ATD incarnait la fraternité absolue entre tous les hommes. Très vite d’ailleurs le Mouvement devint multiculturel. Les volontaires étaient issus de tous les pays d’Europe. Certains d’entre eux n’ayant aucun lien avec une quelconque structure religieuse ni aucune foi, cela obligea les premières équipes à une réflexion plus universelle. Cette réflexion sur l’universalité de la misère, mais aussi sur l’universalité de la manière d’entrer en contact avec la misère ne cessa jamais. Et pour illustrer cette universalité, pour donner un exemple de la diversité dans le Mouvement Joseph Wresinski expliquait à des chrétiens (des catholiques) : " Chez nous, même les athées vont donc lutter pour le droit à la spiritualité. […] C’est une démarche fondamentale dans le Mouvement : ce respect profond pour le droit au spirituel. Les pauvres aussi ont le droit de connaître Dieu." . Pourtant ces propos d’ouverture sont plus problématiques qu’il n’y paraît à première vue car le raccourci entre la spiritualité et le sens de Dieu s’il a certainement un sens pour des croyants n’a pas de sens pour les autres. En effet Joseph Wresinski situe malheureusement la spiritualité uniquement dans les différentes confessions. C’est pourquoi il affirme toujours " Le Mouvement est interconfessionnel " et pas " aconfessionnel " comme si le Mouvement ne pouvait rassembler que des personnes ayant une confession alors que les pauvres eux-mêmes n’ont pas tous, loin de là, une croyance bien établie. […]
Joseph Wresinski a toujours recherché une interconnexion des religions (parce que l’extrême pauvreté avait le même visage sur toute la planète) et non le repli sur sa propre religion, c’est-à-dire qu’il a voulu l’ouverture maximale à toutes les croyances. Imposer aux autres sa vision des choses ne lui convenait d’ailleurs pas : Ne disait-il pas aussi que le Mouvement n’était pas confessionnel pour dire plus clairement que tous ceux qui croient en Dieu, si nombreux dans le Mouvement, ne devaient pas y venir au nom de leur foi, avec une banderole de prosélytisme ! […] . Pour Joseph Wresinski, il n’y a pas, dans le Mouvement, d’obligation de croyances ni de contrainte sur la liberté de conscience. C’est donc le contraire d’un embrigadement à la façon des sectes puisque c’est l’ouverture et non la fermeture. Ce n’est pas très éloigné de la laïcité avec une nuance importante : le monde de Joseph Wresinski s’organise autour de la foi, lui-même disant n’avoir de comptes à rendre qu’à Dieu alors que notre monde s’organise sans la foi, nous dirions que nous n’avons de comptes à rendre qu’aux hommes et à notre conscience.
citations de Joseph Wresinski
" Car est-il légitime que nous imposions aux hommes une conception de Dieu, de l’homme ou des structures de la société ? La leur offrir est légitime, si cela nous est demandé. […] Autrement, les apporter de notre propre initiative ne peut être qu’une intrusion intempestive chez les pauvres, ils ne pourront que nous maudire, de même que le fermier, qui espère et fait des prières pour que l’eau tombe dans son champs, maudit la tornade qui vient et détruit la récolte. Souvent nous faisons comme l’Idiot de Dostoïesky : il n’avait rien de mauvais en lui, mais il n’a réussi qu’à détruire.".
Nous n’apporterons aux pauvres que ce qu’eux-mêmes auront appris à nous demander, Réunion de volontaires, Été 1966,
Écrits et paroles, t 1, p. 447.

" Si on se met à dire, par exemple, que si on n’est pas chrétien on ne peut pas sauver la population, c’est faux : on se met à vouloir construire sur une pensée à soi, au lieu de construire d’après les leçons de la population.".
Après le pourquoi, le comment d’un corps volontarial, juillet / août / septembre 1979, Dossiers de Pierrelaye.
" Le Mouvement est un carrefour et il doit le rester. Sachons bien que la population n’a pas les moyens ni sociaux ni culturels ni religieux, de se conformer à des obligations, à des rites, à des dogmes et par conséquent nous n’avons pas à lui imposer nos idées, nos doctrines, nos options politiques, notre spiritualité.".
Échos des Assises 81, juillet / août / septembre 1981, Dossiers de Pierrelaye.

Extraits du livre :
Agir avec Joseph Wresinski.
L’engagement républicain du fondateur du Mouvement ATD Quart Monde .
Editions chronique sociale-2008- 320 p.
En vente aux éditions chronique sociale, aux éditions Quart Monde et en librairie. 16,90 euros

samedi 20 septembre 2008

Liberté - Quels sens a-t-il donné aux mots : "respect", "dignité", "mérite"?

Respect et dignité. Dans les années soixante, cela allait de soi et donnait très couramment des situations où l’essentiel était le rôle joué par celui qui aidait le pauvre sans questionnement sur le résultat de cette aide. Or il semble évident que la surprise créée en son temps par Joseph Wresinski fut précisément une façon différente de vivre et le respect et la dignité dans la relation avec les pauvres. C’était d’une certaine façon le monde renversé ! Lorsqu’il parle de reconnaissance, et surtout parce que nous avons maints exemples concrets du sens qu’il attribuait à ce mot, Joseph Wresinski va plus loin que le simple respect abstrait, indifférencié, à la catégorie spécifique du pauvre. La reconnaissance du pauvre comme homme, en tant qu’homme, l’engageait à considérer celui-ci sur un pied d’égalité et non à partir de sa dépendance. Car c’est l’homme dans le pauvre qui attirait son intérêt et non le pauvre instrumentalisé pour cause de pauvreté, dans la poursuite d’une fin autre que la destruction de la misère. Et pour preuve, au moment où les distributions des secours de base faisaient le quotidien de l’aide et étaient valorisante pour tout le monde, Joseph Wresinski s’est ému, s’est mis en colère, essayant d’éloigner les femmes de la soupe populaire et des distributions de vêtements. Si Joseph Wresinski ne fut pas aussi virulent que Patrick Declerck, dans ses écrits, il le fut avec la population du bidonville qui en fut très secouée. Il avait, il y a cinquante ans, aussi bien compris les processus en oeuvre que Patrick Declerck aujourd’hui. (ou que l’association les Enfants de Don Quichotte) .[..]

Besoin de reconnaissance plutôt que reconnaissance de tel ou tel besoin matériel. Et dignité reconnue aux pauvres par les non-pauvres plutôt que dignité attendue, exigée du pauvre pour qu’il puisse bénéficier d’un bol de soupe ou d’un coin de couverture sale. On entend bien là l’originalité de Joseph Wresinski.


" Ce qui est grave, c’est que les familles dépendent totalement de ce jugement conditionné par l’appréciation personnelle des bienfaiteurs, des services sociaux, des dames d’œuvres.".

L’âme du bidonville, Soirée d’information, 1963,

Écrits et paroles, t 1, p. 167.

" Nous dévalorisons le milieu dans lequel vivent les familles, en faisant croire que notre objectif est de les faire sortir le plus tôt possible d’un milieu qui serait malsain et sans valeur.".

L’appartenance au groupe, une communauté de destin, 1963,

Écrits et paroles, t 1, p. 225.


" Si le respect nous oblige à répondre à de vrais besoins, cela suppose que nous les connaissions. L’attitude de respect est une attitude d’objectivité par rapport à nous-mêmes. Nous essayerons de prendre du recul par rapport à nos réactions primaires, afin de voir les pauvres comme ils sont et non comme ils paraissent être.".

La valeur du partage, Réunion de volontaires, Été 1966, Écrits et paroles, t 1, p. 438.



" Ce que demandent les Sous-Prolétaires, c’est l’indépendance, plus que l’égalité. Ils demandent la dignité, or, la dignité n’est pas dans l’égalité, mais dans l’indépendance, dans la liberté par rapport à l’autre. D’ailleurs, cette indépendance, cette liberté fondamentale, les sous-prolétaires la réclament, la vivent.".

Nous sommes des travailleurs, novembre 1982, Dossiers de Pierrelaye.



Extraits du livre :

Agir avec Joseph Wresinski.

L’engagement républicain du fondateur du Mouvement ATD Quart Monde .

Editions chronique sociale-2008- 320 p.

En vente aux éditions chronique sociale, aux éditions Quart Monde et en librairie. 16,90 euros

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Liberté:Quel sens a-t-il donné aux mots :"respect","dignité","mérite"?

32. Quels sens a-t-il donné aux mots : "respect", "dignité", "mérite"?

Respect et dignité. Dans les années soixante, cela allait de soi et donnait très couramment des situations où l’essentiel était le rôle joué par celui qui aidait le pauvre sans questionnement sur le résultat de cette aide. Or il semble évident que la surprise créée en son temps par Joseph Wresinski fut précisément une façon différente de vivre et le respect et la dignité dans la relation avec les pauvres. C’était d’une certaine façon le monde renversé ! Lorsqu’il parle de reconnaissance, et surtout parce que nous avons maints exemples concrets du sens qu’il attribuait à ce mot, Joseph Wresinski va plus loin que le simple respect abstrait, indifférencié, à la catégorie spécifique du pauvre. La reconnaissance du pauvre comme homme, en tant qu’homme, l’engageait à considérer celui-ci sur un pied d’égalité et non à partir de sa dépendance. Car c’est l’homme dans le pauvre qui attirait son intérêt et non le pauvre instrumentalisé pour cause de pauvreté, dans la poursuite d’une fin autre que la destruction de la misère. Et pour preuve, au moment où les distributions des secours de base faisaient le quotidien de l’aide et étaient valorisante pour tout le monde, Joseph Wresinski s’est ému, s’est mis en colère, essayant d’éloigner les femmes de la soupe populaire et des distributions de vêtements. Si Joseph Wresinski ne fut pas aussi virulent que Patrick Declerck, dans ses écrits, il le fut avec la population du bidonville qui en fut très secouée. Il avait, il y a cinquante ans, aussi bien compris les processus en oeuvre que Patrick Declerck aujourd’hui. (ou que l’association les Enfants de Don Quichotte) .[..]

Besoin de reconnaissance plutôt que reconnaissance de tel ou tel besoin matériel. Et dignité reconnue aux pauvres par les non-pauvres plutôt que dignité attendue, exigée du pauvre pour qu’il puisse bénéficier d’un bol de soupe ou d’un coin de couverture sale. On entend bien là l’originalité de Joseph Wresinski.

Textes choisis

" Ce qui est grave, c’est que les familles dépendent totalement de ce jugement conditionné par l’appréciation personnelle des bienfaiteurs, des services sociaux, des dames d’œuvres.".

L’âme du bidonville, Soirée d’information, 1963,

Écrits et paroles, t 1, p. 167.

" Nous dévalorisons le milieu dans lequel vivent les familles, en faisant croire que notre objectif est de les faire sortir le plus tôt possible d’un milieu qui serait malsain et sans valeur.".

L’appartenance au groupe, une communauté de destin, 1963,

Écrits et paroles, t 1, p. 225.

" Si le respect nous oblige à répondre à de vrais besoins, cela suppose que nous les connaissions. L’attitude de respect est une attitude d’objectivité par rapport à nous-mêmes. Nous essayerons de prendre du recul par rapport à nos réactions primaires, afin de voir les pauvres comme ils sont et non comme ils paraissent être.".

La valeur du partage, Réunion de volontaires, Été 1966, Écrits et paroles, t 1, p. 438.

" Ce que demandent les Sous-Prolétaires, c’est l’indépendance, plus que l’égalité. Ils demandent la dignité, or, la dignité n’est pas dans l’égalité, mais dans l’indépendance, dans la liberté par rapport à l’autre. D’ailleurs, cette indépendance, cette liberté fondamentale, les sous-prolétaires la réclament, la vivent.".

Nous sommes des travailleurs, novembre 1982, Dossiers de Pierrelaye.

Extraits du livre :

Agir avec Joseph Wresinski.

L’engagement républicain du fondateur du Mouvement ATD Quart Monde .

Editions chronique sociale-2008- 320 p.

En vente aux éditions chronique sociale, aux éditions Quart Monde et en librairie. 16,90 euros