vendredi 9 avril 2010

Film "Liberté"

Tony Gatlif a réalisé le film Liberté suite aux demandes de la communauté tsigane. Pour le faire il a dû s’imposer vingt ans d’enquêtes et de réflexion car la situation des gitans à cette époque est peu connue. Maintenant il considère que le temps est venu, pour la France, de reconnaître l’enfermement de ces six mille à six mille cinq cents tsiganes dans des camps en France (et leur libération en 1946 seulement soit un an après l’entrée du général de Gaulle à Paris) sans compter les cinq cent mille morts de cette communauté à cause des déportations que de nombreux les pays d’Europe ont concédées aux nazis. C’est un film qui est d’abord historique et militant - l'histoire se situe en 1943-, mais c’est aussi un film très poétique.
Tony Gatlif le dit dans les interviews : « Sans que je raconte l’âme gitane il n’y avait pas de film » . En effet. Le personnage qui incarne cette liberté c’est Taloche, le comédien James Thiérrée, une sorte de grand enfant attardé que tous protégent et aiment. Il joue du violon, il danse la folie, il est près de la nature, de la vie, de la mort aussi. Il personnifie le refus de toute sa famille à tous les enfermements, à tous les abus de pouvoir. Les roulottes tirées par les chevaux dans les chemins creux, le voyage à pied, le contrôle des carnets anthropométriques situent la période historique. La vie des gens du voyage est depuis 1912 soumise aux lois de la défiance. Les faits de guerre ne sont pas perceptibles. Mais la vie a changé. Leur sensibilité le leur fait vite comprendre « Monsieur Pentecôte n’est plus le même ! ». Ceux qui avancent en groupe vers un village connu, où ils ont des repères et semble-t-il des amis pour y travailler aux vendanges ou autres travaux saisonniers ont recueilli en route un enfant de neuf ans, sans doute orphelin, qui parait vouloir échapper à l’assistance publique et s’incruster pour partager avec eux à la fois la liberté d’aller et venir et la chaleur humaine de ce groupe. P’tit Claude est immédiatement l’ami de Taloche.
Toute la dramaturgie réside dans le vécu de l’intérieur de ce groupe de Français qui ne lisent pas les journaux, n’écoutent pas la radio, s’insurgent lorsqu’on réquisitionne ses chevaux.
Au dehors un vétérinaire-Maire de sa commune ( Marc Lavoine), une institutrice - secrétaire de Mairie - résistante ( Marie-Josée Croze) qui porte le nom d’une résistante qui a sauvé des juifs ( Mademoiselle Lundi ), et Monsieur Pentecôte l’ancien ami devenu collabo. Ainsi sont posées les lignes de forces d’une société française en cette période difficile de l’occupation allemande.
Assigné à résidence à cause d’une loi d’avril 40, privé de sa liberté, le groupe est désemparé, puis enfermé dans un camp. C’est le Maire et la secrétaire de Mairie qui viendront en aide à ces femmes et ces hommes avec courage : « pour faire quelque chose !».
Sur l’évocation par le film de l’enfermement des gitans de France dans les camps suite à l’ordre des allemands de 1942 ( en vue de leur déportation et leur extermination) il faut repérer l’avis de l’historienne Marie-Christine Hubert qui dit : « Si la situation militaire ne s’était pas inversée, ces déportations auraient probablement eu lieu »
Un film nécessaire et beau.
Marie-Hélène Dacos-Burgues
Film écrit et réalisé par Tony Gatlif, France 2009,avec Marc Lavoine, Marie-Josée Croze,James Thierree
voir aussi http:// www.mondomix.com/actualité Grand entretien avec Tony Gatlief, Liberté, égalité, tsigane, Mondomix.com-Dossier
et http:// www.mondomix.com/actualité Les tsiganes à l’épreuve des camps. 11/01/2010

mercredi 24 février 2010

Film "Walter retour en résistance"

Le retour en résistance est celui de Walter Bassan, résistant dés l’âge de 17 ans, déporté à Dachau pour faits de résistance. Ce retour en résistance s’explique par de solides convictions qui perdurent alors que Walter a 82 ans. Il s’alimente auprès des jeunes qu’il accompagne à Dachau, et se nourrit de toutes les questions naïves et généreuses posées par les enfants de Haute-Savoie lors des nombreuses interventions pédagogiques qu’il fait dans les écoles primaires, les collèges et les lycées. Un tel homme est résistant par nature, même s’il avoue, avec une grande honnêteté morale et intellectuelle, qu’à 17 ans il était sous l’influence des conceptions de sa famille (son père italien avait fui le fascisme italien). Il dira même avoir été totalement ignorant des conséquences et de la portée de son engagement : « À 17 ans c’était un peu un jeu ». Un homme debout ! Cet homme est visiblement aussi un vieillard tranquille. Aucune haine à l’égard de personne. Il montre les lieux où il distribuait des tracts, le lieu de son emprisonnement local. Il visite avec les jeunes et le cinéaste le camp de Dachau. Il évoque la solidarité dans les camps et la cuillerée de soupe que chacun prélevait sur sa propre gamelle pour soutenir les plus faibles. Il parle des morts. Il ne se pose pas comme un héros. Il explique simplement que lui-même a survécu alors que son frère est mort en déportation simplement parce qu’il était plus solide, moins fragile. Il souligne les valeurs défendues par la Résistance. Il se réfère au programme national du Conseil de la Résistance pour l’après guerre cosigné par les gaullistes et les communistes prônant la nationalisation de tous les secteurs vitaux de l’économie, la création de la sécurité sociale, la retraite par répartition et exigeant que les grands médias échappent au contrôle des puissances de l’argent ! Un rappel très émouvant.
Ce qui touche d’abord c’est l’amitié de cet homme avec ses voisins : L’écrivain anglais John Berger et le cinéaste Gilles Perret. Ils se rencontrent naturellement en résistance contre ce qui leur semble insoutenable dans les actions politiques de leur époque et qui se déroulent dans leur région, au plateau des Glières haut lieu de la résistance. Conversation traditionnelle de râleurs ? Apparemment oui. Mais leur originalité c’est qu’ils ne seront ni fatalistes ni passifs. Qui pourrait le leur reprocher ? Et c’est donc à leur crédit qu’il faut mettre cette capacité à mobiliser, à protester, à réaliser un rassemblement pacifique au plateau des Glières justement. De nombreuses familles avec enfants (quatre mille personnes) et des personnalités de la résistance comme Stéphane Hessel et Raymond Aubrac venus joyeusement faire hommage aux morts de la guerre sur ce plateau, se tournent vers l’avenir. Ces résistants ont réussi là à donner corps au message qu’ils avaient lancé en 2004 aux jeunes générations : « Pour résister et créer », message passé inaperçu à l’époque dans l’indifférence totale des médias et du grand public. C’est au cours de ce rassemblement que Stéphane Hessel dialogue, après les discours, avec une petite fille Kosovar pour lui expliquer la nécessité de pardonner ! Un film simple, très apaisant, réconfortant et porteur de valeurs non démodées.
Disons en outre que les personnes qui dévoilent dans ce film leur quotidien nous interpellent au plus intime de nos convictions par leur simplicité. Si nous sommes parfois agacés par l’accumulation de cérémonies mémorielles au dépend d’une vraie réflexion sur l’avenir, nous ne trouverons rien de tel dans ce film. Il s’agit bien sûr d’un film à thème, celui d’un cinéaste militant qui met en scène - mais très peu - la vie de cet autre militant qu’est Walter Bassan. On a reproché cette audace au réalisateur. On lui a aussi reproché d’établir un parallèle entre notre époque actuelle et l’époque troublée de la dernière guerre mondiale. Ce refus du fatalisme, ce besoin de résistance a été précisément ce qu’a apprécié un homme comme Stéphane Hessel : « Il faut absolument défendre les valeurs fondamentales et c’est là qu’un portrait comme celui de Walter Bassan est un merveilleux exemple de ce contre quoi il faut résister aujourd’hui » .
Le parallèle entre les années actuelles et les années de la seconde guerre mondiale est d’ailleurs toute la force du cinéaste dont la spécialité est d’évoquer les problèmes du monde à travers des personnages de son entourage. Avec en prime la force tranquille, la distance et la capacité d’analyse du principal acteur!!! Tout se passe en Haute-Savoie ou au camp de Dachau avec des lycéens de Haute-Savoie. Le film est très local et il a cependant une portée universelle, par son contenu, mais aussi par ce qu’il montre l’usage qu’on peut faire, de nos jours, de la liberté d’expression en utilisant des moyens simples comme la vidéo qui est à la portée de toutes les associations.
Raymond Aubrac a conclu : « C’est un film magnifique, une leçon de civisme, d’humanité et de courage. Un élan d’optimisme » .
C’est ainsi que nous l’avons reçu !

Marie -Hélène Dacos-Burgues article publié dans Revue Quart-Monde N° 213

Onzième film documentaire de Gilles Perret 2009.

vendredi 12 février 2010

Scandale à Bagnolet

Un scandale à Bagnolet ... Expulsion par une température de moins 4 au dessous de zéro, en plein mois de février, d'une quarantaine de squatteurs avec femmes et enfants et destruction immédiate de l'immeuble qui les abritait.
Interdiction de sauver ce que contenait l'immeuble.
Partis en fumées les maigres biens, les papiers difficiles à obtenir...
Aucun relogement prévue.
Le fait que l'immeuble soit occupé en grande partie par des sans-papiers et qu'il abrite un trafic de drogue,enfin que l'immeuble soit vétuste et insalubre et l'occupation ancienne (15 ans ) est la "justification à tiroirs" retenue.
Mais alors où sont les projets alternatifs de la ville depuis 15 ans ? Où sont les orientations politiques en matière de logement des élus de Bagnolet ? Le temps n'a pas manqué pour réfléchir et pour agir !! Aucune explication là dessus!
Cette expulsion a été suivie d'une deuxième expulsion dès le lendemain pour ces gens qui campent sur le trottoir ( Un véritable désordre en terme d'ordre public). Ai-je bien entendu ?
A ce scandale total s'ajoute, et ce n'est pas le moindre des scandales, celui de l'appartenance politique du Maire : appartenance au parti communiste,un parti en principe censé s'occuper des " petits" et qui a probablement été élu sur cette image rassurante! Un Maire qui d'ailleurs ne se présente même pas devant les médias, préférant laisser son adjoint bredouiller mollement le premier jour que ça tombe mal mais qu'il y avait des problèmes !!! Il n'est pas scandalisé,c'est clair.
En tout cas on peut dire, avec tristesse, qu'il retient avec une distance toute diplomatique son indignation!! Un adjoint qui bredouille enfin le deuxième jour que c'est la faute du préfet qui aurait fait du zéle!! Zéle ou pas zéle, c'est malgré tout de la part de l 'adjoint la langue de bois. En apparence et probablement en réalité aussi, on constate, vu les mots employés, et le ton, qu'il faut sauver les meubles, sauvegarder l'image politique avant tout, et plus fort si possible ... sans rien faire concrètement!!
Ces élus, le Maire " absent" , l'adjoint "embarrassé" , et les conseillers municipaux ont bien été capables de lancer cette procédure ! Ils ont été en même temps incapables de suivre le dossier en temps réel pour s'assurer que si l'expulsion était bien reconnue nécessaire par tous elle devait au moins se passer de façon humaine. Ils sont surpris ? Ils jouent à être surpris ? On ne le saura jamais.
Nous ne devons plus être surpris!
Constatons d'abord qu'il est certain que leur soucis quotidien n'allait pas jusqu'à protéger les habitants du squat des aléas de la vie!
Faut-il crier haro sur les élus ? Non. car certains élus, plus nombreux qu'on ne le dit, ont le soucis réel des personnes en difficultés. Faut-il demander la démission du Conseil municipal de Bagnolet? Oui, sans aucun doute pour montrer qu'exercer sa citoyenneté ce n'est pas qu'une fois tous les six ans pour élire celui qui parle le mieux la langue de bois !! Mais cela regarde les habitants de Bagnolet !!
Faut-il lutter pour que ces situations ne se reproduisent plus. Certainement ! Mais avec clarté et constance.
Il ne faut pas laisser les maires et les élus ne rien faire après avoir promis de tout faire !!!
Revendiquons le droit de regard sur les délibérations, sur les décisions et sur l'absence de décision !!

Marie-Hélène Dacos-Burgues

dimanche 17 janvier 2010

Distribuer des secours d'urgence ou agir contre la pauvreté !

Un très grand merci à Bruno Tardieu pour son article paru dans feuille de route N° 390 de décembre 2009.

Il montre bien au moyen un exemple très clair concernant la santé que l'aide d'urgence n'est qu'un pis-aller et que l'attentisme qui prévaut le reste du temps est la cause de la régression de la lutte contre la pauvreté.
Il ose dire qu'une politique sociale qui s'appuie sur le système caritatif est insuffisante et contre-productrice.
Il explicite la sentiment de honte de la personne aidée face à la personne bénévole qui ne veut pas l'humilier mais qui l'humilie de fait.
Il combat la perversion de l'idée de solidarité !

Voici donc cet article :
" Distribuer n'est pas agir contre la pauvreté ... "



Bruno Tardieu est délégué national d’Atd Quart Monde France.

Les aides d’urgence se multiplient. Peut-on se passer de cette « assistance à personne en danger » ?

Non. Ce geste est éminemment humain et citoyen. De nombreux citoyens offrent un hébergement temporaire à des parents, des voisins. Mais on intervient en urgence de manière d’autant plus efficace et pertinente qu’on se connait auparavant, qu’on a une relation durable. C’est vrai au niveau personnel comme au niveau de la collectivité, de l’État. Le grand danger, c’est que la relation en urgence remplace la relation tout court, c’est que les mesures d’urgence remplacent la politique tout court. Le politologue Gil Delannoi disait au colloque Wresinski [1] que le Père Joseph avait fait sortir la lutte contre la pauvreté du court terme pour en faire une question politique et qu’« il y a dans la société d’aujourd’hui une agitation manifeste qui fait que le souci du long terme, qui est essentiel, devient accessoire, et que la réponse à l’urgence tient lieu de seule faculté d’action. »

Quelles questions cela soulève-t-il ?

Si la seule politique de santé se réduisait au service des urgences à l’hôpital, cela serait catastrophique pour la santé publique. Traiter l’urgence est nécessaire, mais masque les questions plus difficiles et plus engageantes du partage et du droit de tous. Payer des chambres d’hôtel aux mal-logés est typique d’une politique d’urgence qui coûte très cher, financièrement et humainement. Une bonne solution au mal-logement serait que chaque citoyen accepte et même demande la construction de logements bon marché dans son quartier [2]. Traiter l’urgence devient une manière de s’organiser pour ne pas vivre ensemble.

Comment cela remet-il en question les politiques sociales de l’État ?

Quand, au moment de la crise, le gouvernement consolide les banques alimentaires [3] au lieu d’augmenter les minima sociaux [4], c’est le signe qu’il se sert du caritatif comme d’un véritable dispositif nécessaire à la vie des gens. Nous sommes pris dans l’humanitaire d’urgence avec ses campagnes médiatiques émotionnelles. On peut comprendre que des situations suscitent une émotion qui pousse à l’action immédiate, mais si cela remplace une politique à moyen ou à long terme, alors elle fait beaucoup de tort. Le monde humanitaire devrait se questionner : sa manière d’expliquer qu’il a les solutions ne déresponsabilise-t-elle pas les citoyens et l’État ?

Mais c’est tout de même de la solidarité « nationale » ?…

L’État a pour mission de redistribuer ce qu’il collecte par l’impôt à travers des politiques et des dispositifs sociaux. Si une politique sociale dépend du système caritatif, alors ce n’est plus de la solidarité nationale. La « relation de bienfaiteur à obligé » qu’a osé décrire le Père Joseph crée une dépendance du bon vouloir de l’autre qu’on a du mal à imaginer, et finit par durcir l’un comme l’autre. Le bienfaiteur grandit peu à peu en méfiance, l’obligé grandit en haine d’être abaissé, ou devient docile. Or les bénévoles ne veulent pas être généreux en abaissant l’autre.
D’ailleurs les associations distributives ont fini par développer d’autres actions, comme les vacances, des actions culturelles, où il y a de l’échange.

Les travailleurs sociaux se trouvent contraints de recourir aux solutions d’urgence ?

Pour avoir droit aux distributions alimentaires, il faut un avis de son assistante sociale. Le travail social est donc obligé de cautionner ce recours à l’urgence, qui fait maintenant partie intégrante de ses moyens.

Avec l’hiver, les médias vont reparler des distributions alimentaires…

On joue sur le registre de l’émotion, c’est très médiatique avant Noël. Toutes les distributions développées depuis 25 ans constituent de fait une formidable régression dans la lutte contre la pauvreté. Elles pervertissent l’idée que l’opinion se fait de la solidarité. Lutter contre la pauvreté, ce n’est pas instituer les distributions. C’est entendre ceux qui ont du mal à vivre nous dire qu’ils préféreraient subvenir par eux-mêmes à leurs propres besoins ; c’est agir avec d’autres pour que tout enfant réussisse à apprendre à l’école, pour que tout jeune ait une formation, pour que toute famille puisse bénéficier d’un logement décent, pour que toute personne puisse bénéficier des mêmes droits – et donc puisse remplir les mêmes devoirs – que tous les autres citoyens. La co-citoyenneté ne se délègue pas, elle dépend de chacun de nous.

Nous aimerions beaucoup avoir le sentiment des lecteurs de Feuille de Route sur ce sujet.

lundi 11 janvier 2010

Livre : L'an I de l'ère écologique

Article paru dans la RQM N° 210, Mai 2009,Editions Quart-Monde.

Un livre à lire : L’an I de l’ère écologique de Edgar Morin et dialogue avec Nicolas Hulot
Ed. Tallandier, coll. Histoire d’aujourd’hui, 2007, 127 p.


C'est un livre d’actualité à lire car il s’interroge sur la nature, sur la culture, sur l’homme dans son environnement. Il éclaire les questions fondamentales sous-jacentes aux crises qui secouent notre monde. Il reprend différents articles de presse anciens de Edgar Morin, et un entretien récent entre Edgar Morin et Nicolas Hulot, fondateur de Ushuaia nature.
On trouvera dans ces pages, une définition de l’écosystème Terre, une définition de la biosphère, une critique du développement économique occidental érigé en modèle pour le monde entier, une critique de la science cloisonnée mais aussi des pistes de solution.
Edgar Morin défend l’idée que la Terre dépend de l’homme qui dépend de la terre. Ce qui l’inquiète ce n’est pas la raréfaction des ressources énergétiques mais les menaces mortelles qui pèsent sur toute l’humanité et sur les conditions élémentaires de la vie sur terre.
Nicolas Hulot défend l’idée que « Nous avons des outils formidables pour endiguer la famine et sauver la Terre. Ce qui nous manque, c’est une volonté commune. La politique politicienne est obsolète par rapport aux enjeux».
Chacun à sa manière interroge le dogme de la croissance. Edgar Morin ne croit pas au développement même sous sa forme adoucie de « développement durable » et Nicolas Hulot préfère le développement durable à une décroissance globale qui serait synonyme de récession.
La part d’un christianisme fermé à la nature, les sagesses africaines et les philosophies orientales sont évoquées. Nos idées sur le cosmos, sur la nature et sur les cultures nous façonnent, nous séparent mais peuvent aussi bien nous rapprocher.
Tout cela n’est ni trop savant ni désespérant. Ce n’est pas à un retour en arrière que ces auteurs nous convient mais à un véritablement dépassement.
Pour E. Morin : « Notre défi aujourd’hui, c’est celui de civiliser la terre, il n’y a pas de solutions prête à l’avance, mais il y a une voie ». Cette voie c’est de devenir citoyens de la Terre.
Pour N. Hulot : « L’impératif écologique nous donne une occasion inespérée de nous rassembler. L’heure de la réconciliation a sonné ».
Cela les conduit à préconiser la nécessité d’une instance de gouvernement pour notre mère–patrie et le développement d’une pensée politique planétaire pour construire une société-monde se donnant le but de poser les bases d’un projet de civilisation partant de la réalité : notre origine commune et notre communauté de destin.
Ainsi pour conclure, Edgar Morin dit-il de l’espérance : « Comment ressusciter l’espérance ? Au cœur de la désespérance même : quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se désintègre ou bien il se métamorphose. Qu’est-ce qu’une métamorphose ? C’est une transformation où l’être s’autodétruit et s’auto-construit de façon nouvelle, à l’instar de la chenille qui devient papillon afin de voler. L’espérance est cette métamorphose vers laquelle vont confluer des courants qui parfois s’ignorent, tels l’économie solidaire, le commerce équitable, la réforme de vie. De partout à la base, les solidarités s’éveillent….».
Une lecture vivifiante .
Marie-Hélène Dacos-Burgues
Note complémentaire ! Voir dans le Quotidien Le monde du dimanche 10 janvier 2010, l'article Eloge de la métamorphose, explications de la métamorphose par Edgar Morin : ses cinq raisons d'espérer.

dimanche 3 janvier 2010

Film "Frozen River"

Une rivière gelée une partie de l’année est la vedette principale du film. Elle sert de frontière entre deux pays développés : le Canada et les USA. Une voiture et deux femmes sont les vedettes secondaires : L’une des femmes , Lila, vole à l’autre, Ray, la voiture d’un mari qui est parti vivre sa vie ailleurs. C’est la suite de cet événement qui forme la trame de l’histoire que raconte le film.
Lila vit aux USA dans une réserve d’indiens traversée par la rivière. Ray, employée à temps partiel aux USA, est quasiment sa voisine, est presque aussi pauvre que Lila mais elle est blanche. Ses préjugés sont ceux de son univers. De galère en galère ces deux femmes seules avec enfants, au départ ennemies, finissent par se trouver des intérêts communs. On le comprend peu à peu. C’est à cause du coffre de la voiture que Lila l’a volée et c’est à cause du coffre que la voleuse initie la victime au métier de passeur de clandestins. C’est parce qu’elle a besoin d’argent que Ray accepte de collaborer. Ces deux femmes ne sont qu’un des rouages d’une machine qui organise le transit d’asiatiques, de pakistanais qui vont du Canada aux USA en traversant la rivière dans le coffre d’une voiture. Ça commence comme un conflit âpre sur fonds de misère sociale, puis on voit comment cela devient un business à partager avec les risques et enfin se crée entre elles une certaine connivence. Ce film n’est pas tendre ; c’est une simple tranche de vie. La rudesse de la vie des plus démunies toute crue qui laisse peu de place à l’expression des sentiments. Ray est très étonnée que des pakistanais prennent tous ces risques pour venir vivre dans son pays les USA. Les polices tribales et fédérales jouent leur rôle. Mais la fin qui finit par émerger de toute cette rudesse est plus optimiste. Un film de la même veine que Rosetta, la Promesse et Le silence de Lorna des frères Dardenne.


Marie-Hélène Dacos-Burgues

Film de Courtney Hunt, USA, 2008, grand prix du Festival Sundance 2008, prix de la meilleure actrice pour Mélissa Léo au festival de San Sébastien 2008. Avec Mélissa Léo, Misty Upham, Charlie McDermott, Mark Boone Junior, Michaël O’Keele, Jaz Klaitz, Bernie Littelwolf.


Jean-Pierre et Luc Dardenne, Réalisateurs de la région liégeoise en Belgique. Ils font un cinéma militant et réaliste. Rosetta a eu la palme d’or au festival de Cannes en 1999.

dimanche 1 novembre 2009

Billet d'humeur sur le débat concernant l'identité nationale

Lorsqu’on veut se poser de l’identité nationale - comme nous le propose un ministre - et surtout lorsqu’on parle d’en faire un sujet de débat que veut-on dire ?
L’identité nationale me semble personnellement être un fait.
Ce fait découle bien entendu de notre histoire mais aussi de nos lois. Pour un individu, c’est simple, avoir la nationalité française veut dire posséder une carte d’identité française. Que ce soit sans avoir jamais manifesté sa volonté de devenir français - pour la plupart d’entre nous qui sommes nés français- ou que ce soit après avoir manifesté sa volonté de devenir français et avoir subi toutes sortes de tracasseries administratives pour les naturalisés. Il n’y a pas là matière à débat sauf à vouloir revenir qui ce qui fonde notre droit national, à vouloir légiférer à nouveau sur ce sujet. Il y a sans doute à s’interroger sur les difficultés engendrées dans les familles issues de l’ancien département d’Algérie lors de la réforme du code de la nationalité de 1993, et le sentiment d’exclusion né à ce moment là, très perceptible même chez les très jeunes élèves de collège dont les parents étaient d’origine algérienne et qui jusque là n’avaient pas à exprimer leur volonté explicite de devenir français, ils l’étaient automatiquement comme nous. Il y a aussi à s’interroger sur la persistance de l’esprit des lois de Vichy concernant les tsiganes (car le carnet de circulation a remplacé en 1969 le carnet anthropométrique) favorisant ainsi la non reconnaissance de leur mode de vie et les excès de zèle de certaines Mairies qui refusent de leur délivrer une pièce d’identité française au motif qu’ils n’ont pas d’adresse considérée comme valable, mais aussi parce qu’ils ont un carnet de circulation à faire viser tous les trois mois par les gendarmes. Or si les Mairies jugent à tort, ce carnet suffisant, les banques ne les connaissent pas et les employeurs s’en méfient. Concernant les tsiganes, c’est par le biais de la protestation des associations qu’on a abouti à une circulaire ministérielle pour inciter les secrétaires de Mairie à délivrer leurs cartes d’identité française aux tsiganes qui en font la demande. A-t-on supprimé pour autant le zèle de certaines de ces personnes imbues d’un pouvoir de discrimination important et qui se considérant (sur ordre du Maire ou sans ordre du Maire) au dessus de « ces français de seconde zone » multiplient abusivement les obstacles à l’obtention de leurs droits ? Pas sûr.
Normalement l’égalité des citoyens est la règle dans notre République. Bien sûr il reste à faire reconnaître cette égalité dans bien des situations.
Voudrait-on, en incitant au débat, favoriser l’émergence de nouvelles conceptions de notre identité, promulguer d’autres lois facilitant l’acquisition de la nationalité française ?Ou plus certainement, veut-on restreindre l’accès à l’identité française pour certains groupes de population, définir les immigrés qui sont indésirables? En quelque sorte, faire dire au peuple qu'il veut une fermeture de nos frontières au lieu d’une ouverture ! Cela serait conforme au choix de la politique de l’immigration choisie et à l’esprit de la réforme du code de la nationalité de 1993.
Veut-on au contraire parler du lien social, des valeurs qui nous sont communes, de la façon de vivre ensemble, veut-on s’interroger sur la manière de favoriser les échanges, envisager de rassembler tous ceux qui, vivant sur le sol français et possédant la nationalité française ou non se sentent pareillement exclus du pays pour les écouter? Aura-t-on pour but de réduire les inégalités sociales, de donner sens à la présence des nouveaux arrivants? Au fond veut-on faire participer, écouter, entendre, rendre justice à tous ?
Il y a à craindre- et bien des observateurs s’en inquiètent- qu’il ne s’agisse pas de ces dernières espérances, mais encore d’une concession aux extrémistes avec des arrières pensées électorales.
Pour moi, je reconnais le sens d’une certaine identité française qui me convient et qui correspond aux valeurs de notre République, dans l'état d'esprit de certains de mes concitoyens : quand des enseignants prennent des risquent pour défendre la qualité de l'école et l'accès au savoir pour les enfants en difficulté, quand des syndicats ou des associations posent la question de la présence des services publics dans les quartiers et les zones rurales, quand des associations et des individus se réunissent chaque année le 17 octobre pour reconnaître et célébrer les luttes des plus pauvres pour leur famille et leurs enfants , quand je vois des associations s’unir pour le droit au logement pour tous, quand j’entends à la radio que des personnes se sont mobilisées pour contester les arrestations de parents en situation illégale devant les écoles, quand je lis qu’ici ou là d’autres personnes ont aidé un sans-papier à vivre et à faire des démarches, quand on m’apprend qu’un agriculteur a vendu un terrain à un tsigane pour qu’il puisse y installer sa caravane et qu’enfin je lis par exemple les réponses à un sondage effectué au printemps 2006 par le Pew Reseaarch Center à Washington dans le cadre du « Global Attitude Project » cité par Patrick Weil, dans son livre, Liberté, égalité, discriminations en page 188.
A la question : Selon vous est-il incompatible d’être musulman pratiquant et de vivre dans une société moderne? les réponses ont été les suivantes ( Je les trouve significatives , au moins pour notre pays) : Les américains des USA ont répondu (42 % non, ce n’est pas incompatible et à 40% oui, c’est incompatible); les Allemands (26% non, ce n’est pas incompatible et 70 % oui, c’est incompatible); les Britanniques (35 % non, ce n’est pas incompatible et 64 % oui, c’est incompatible); et les Russes (30% non, ce n’est pas incompatible et 56 %, oui c’est incompatible); et les Espagnols (36 % non, ce n’est pas incompatible et 58 % oui, c’est incompatible). les Français ont répondu à (74% non, ce n’est pas incompatible et 26% oui, c’est incompatible); Ces réponses sont à peu près identiques pour les musulmans de France (72% non, ce n’est pas incompatible et 28% oui, c’est incompatible). Il me semble qu'on peut constater que les pays qui "programment" le droit à la différence, qui sont favorables à la communautarisation récoltent le rejet de l'autre, ou à tout le moins la défiance?
Nous n'avons pas ce travers, pourquoi chercher à l'acquérir ?
Chez nous ce n'est pas que la défiance, le rejet de l'autre n'existent pas, mais à l'évidence ce sont des sentiments d'une part minoritaire de la population, instrumentalisée par les extrêmistes. Et surtout ces réactions ne sont pas légitimées par les lois à cause de la laïcité qui accepte toutes les religions si elles restent dans le registre de la vie privée et n'interfèrent pas dans la politique. Notre devise républicaine : liberté , égalité , fraternité dont il semble qu'un grand nombre de Français soient encore pétris a encore de la valeur. Si nous pouvons avoir un souhait c'est que dans ce débat, s'il a lieu malgré tout, chacun s'interroge sur la place qu'il fait à l'autre, celui qui est de convictions différentes , de moeurs différentes, qui a des amitiés différentes, sans tomber dans le communautarisme qu'on semble vouloir nous imposer comme une solution !!! Sachons donc être différents de nos différences comme nous avons su l'être dans le passé. Je pense que pouvons donc continuer à nous battre, en France, pour que malgré les difficultés de la vie quotidienne, un grand nombre de personnes se dresse pour refuser toutes les discriminations présentes et à venir et non pour définir une " je ne sais quelle façon d'exprimer une identité nationale" qui n'aurait d'autre but que de se protéger des " étrangers".

Marie-Hélène Dacos-Burgues