samedi 19 février 2011

Film : «A propos d’Elly »

Film : «A propos d’Elly »

Film de Asghar Farhadi

Un film iranien à revoir en ce moment où les révolutions en Tunisie et en Egypte nous emplissent d’espoir et d’une certaine crainte.
Il est traité à la manière d’un film à énigme. Mi-film policier, mi-film dramatique. En effet c’est est un film psychologique sur la classe moyenne iranienne un peu occidentalisée mais pas totalement occidentalisée. Il prend maintenant des allures de documentaire. La contrainte des traditions affleure constamment dans une modernité affichée. Les individus se débattent pour trouver leur place dans le groupe et sans aucun doute dans la société iranienne, allant trop loin ou pas assez loin dans leurs prises de positions selon les séquences.
De jeunes couples de la classe moyenne iranienne vont passer un week-end de privilégiés au bord de mer. Faute de la maison dans laquelle ils croyaient séjourner, ils ont dû forcer la porte d’une maison abandonnée et en très mauvais état au plus près de la plage. Un début angoissant pour un film dont l’ambiance est pesante dès le début malgré la gaieté de cette bande de jeunes très insouciants accompagnés de leurs enfants. Ces parents ont des comportements estudiantins comme s’ils étaient libérés d’une pression qui ne dit pas son nom. Leur amie commune Sépideh, jeune mère de famille dynamique et moderne a organisé ce séjour, mais elle a pris l’initiative d’ajouter au groupe habituel son amie Elly que les autres ne connaissent pas encore et un de ses cousins, Ahmad, de retour d’Allemagne où il a vécu une histoire d’amour malheureux. Le groupe a la ferme intention de bien s’amuser mais c’est le drame qui se produira.
Elly est le personnage central, énigmatique. Réservée et secrète elle ne semble pas à sa place.
Pour se distraire, le groupe soudé par une histoire commune, pratique le jeu de mime qui met mal à l’aise certains des amis et le spectateur. Se dévoile peu à peu le projet de Sépineh de marier Elly à Ahmad. Des allusions, des moqueries renforcent le sentiment d’une adhésion du groupe au modèle du mariage arrangé. La liberté des uns et des autres, affichée, semble trouble.
Les évènements qui conduisent à la noyade d’un enfant font penser au très beau film israélien « My father, my lord »
Le film qui a eu l’Ours d’argent du meilleur réalisateur au Festival de Berlin 2009, a été tourné avant la contestation anti- Ahmadinejad.
Ce film sur le statut de la femme en Iran, la puissance des classes moyennes et leur réelle impuissance à se libérer totalement des traditions doit être vu ou revu.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

Film iranien, écrit et réalisé par Asghar Farhadi, Iran 2009, avec Golshifteh Farahani, Taraneh Alidourshi, Shahab Hosseini, Merila Zarei, Mani Haghighi, Peyman Moavi

mardi 8 février 2011

Film " No et moi"

Film de Zabou Breitman

C’est l’histoire d’une amitié entre Lou, un lycéenne de 13 ans, en avance scolaire de deux ans, et une SDF de 18 ans : No.
L’idée de présenter le sujet comme une nécessité scolaire ( Lou veut faire un exposé sur No) est une bonne idée. Mais on a beaucoup de mal à croire à cette amitié.
Le décalage des âges, le décalage de milieu social, la parfaite tenue de l’enfant qu’est Lou et les activités choquantes de l’adulte qu’est malgré tout No, font un contraste difficile à oublier.

Tout au long du film on se demande sur quoi est basée cette amitié ? Puisqu’elle dure au delà de la nécessité des contacts pour l’exposé.
Pourquoi Lou recherche-t-elle No avec cette application ? Et que cherche-t-elle dans cette amitié ?
Le contexte familial de la vie de Lou : Les problèmes de sa mère en dépression grave, l’attention du père aux problèmes sociaux, à la scolarité de sa fille, ( il cherche sur internet des renseignements), la relative solitude de Lou dans son école ne suffisent pas à nous faire pénétrer dans le cœur de Lou.
On pénètre encore bien moins dans le cœur de No.
No semble d’abord agacée de cette amitié que lui offre sans cesse Lou. C’est là qu’est sans doute la partie la plus véridique de l‘histoire. No ne se soucie pas de Lou. No est provocante. No veut être libre.
On aurait aimé, dans un sujet aussi délicat, que le personnage de No soit aussi sympathique que celui de Lou ou celui du jeune garçon copain d’école de Lou qui, lui, est merveilleux dans son rôle de bourgeois. Malheureusement No est un peu caricaturée parce que tout simplement elle est vue de l’extérieur alors que les autres personnages sont vus avec beaucoup plus d’empathie, comme de l’intérieur … Or c’est justement ça exclure … c’est voir ceux qui sont différents comme des caricatures.
L’amitié se développe cependant tout au long du film sans nous éclairer davantage sur le fond de cette amitié. Pour ne rien arranger, malheureusement, l’accent est mis sur les activités « djeunes », le plaisir de s’éclater, l’alcool, la musique …
On est obligé de constater alors que la réalisatrice - qui probablement s’en défendrait - partage très profondément le point de vue du milieu bourgeois sur le milieu de la rue. Ceux qui galèrent dans la rue ne sont pas appréhendés à partir de leurs propres questions, de leurs propres souffrances, mais à travers le regard des autres, à travers le regard des passants. La séquence de la visite à la mère de No est à cet égard significative…Cette mère est toute extérieure à la vie de No, on ne la voit que derrière une fenêtre. Ce qui nous est présenté comme la cause de la déchéance de No, m’apparaît à moi comme un travers de la perception bourgeoise des choses de la vie. Aucune séquence ne permet de connaître No, ni de connaître les problèmes du lien de No avec sa mère. Pas étonnant dés lors que la réalisatrice ne montre que les déviances de No. Il n’y a pas d’égalité de traitement des personnages. C’est ce qui gêne le plus. Lou est délicate, policée, sociable. No ne l’est pas. La fille SDF est malheureusement vue soit comme la mauvaise conscience des nantis soit comme une personne impossible à aider vu ses travers. Ce film est donc plutôt une interrogation sur l’adolescence sans soucis, un point de vue de Moi ( jeune favorisée ) sur No, qu’un film sur l’égalité et l’amitié entre personnes de milieux sociaux différents. Mais il peut être conseillé de voir ce film qui pose des questions et qui est vu par les adolescents.
Film de Zabou Breitman, avec Nina Rodriguez ( Lou) et Julie-Marie Parmentier (No) . Adaptation du livre du roman de Delphine Le Vigan
Marie-Hélène Dacos-Burgues

mardi 4 janvier 2011

Film : Biutiful

Voilà un film qui interpelle.
Un film sur la violence de la vie dans les lieux de misère avec un personnage central d’une grande puissance et d’une profonde humanité. Javier Bardem a obtenu le prix meilleur acteur au festival de Cannes 2010 pour ce rôle, créé pour lui par le réalisateur. Uxbal vient d’apprendre qu’il lui reste trois mois à vivre pour cause de cancer de la prostate non soigné. Il nous entraîne dans sa vie quotidienne auprès de ses deux enfants, auprès de l’extravagante mère de ses enfants Marambra très border-line ( l’actrice argentine Maricel Alvarez) , auprès de ces immigrés chinois ou sénégalais qu’il aide comme il peut, mais aussi dans la recherche d’une compréhension de sa relation avec un père exilé au Mexique sous le franquisme et mort en exil. L’action se situe dans une espèce de cour des miracles, un véritable quartier de Barcelone, ancien ghetto des rebelles catalans, où grouille une population d’immigrés de tous les continents. On découvre petit à petit que Uxbal est tout en ambivalence : il est un peu médium, il profite sans aucun doute de la misère des autres - il est un rouage du travail clandestin des chinois - mais il est aussi leur seul recours. Pauvre lui-même, doué de capacités d’organisation, il a des contacts avec une police qui parfois ferme les yeux moyennant finances. Il est à la fois attentif aux autres, prêt à aider plus pauvre que lui, capable de favoriser la corruption et victime comme les autres de ce système parallèle et pervers qui les font tous vivre. C’est le monde de la nuit, de ceux qui se débrouillent, ne pensent pas à demander des papiers ni des droits. C’est le monde de la noirceur : la mère des enfants Marambra, le frère d’Uxbal, les clients des boîtes de nuit, les prostituées, les patrons des travailleurs clandestins se disputent le sordide. Suivant les heures de la journée tous ces protagonistes sont cachés ou s’exhibent en plein jour dans une grande ville de notre époque moderne. Ce film profond, dont le sujet semble être de nous montrer dans Barcelone, au de-là Ramblas et des oeuvres de Gaudi, une société de tous les trafics, de toutes les peurs, de toutes les injustices, ce film donc a une puissance qui ne réside pas dans la simple dénonciation mais dans la compassion que Uxbal a pour ses semblables, ses frères humains. Il provoque, en quelque sorte en retour, une certaine empathie pour les humains qui se débattent dans ce monde de la noirceur et un certain attendrissement pour Uxbal lui-même dont personne ne se soucie sauf une vieille femme qui le prépare à se détacher de la vie et à mourir. Un autre personnage, Diaryatou Daff, coiffeuse clandestine dans le réel, joue le rôle une femme qui cherche à se sauver, un rôle proche de son propre vécu. Ce n’est pas un film tiède ni bien pensant. C’est sa force.
La lumière n’est pas absente du film. Elle réside bien entendu dans le regard des enfants pour leur père mais aussi dans les petits gestes des uns et des autres pleins de bonté. On a comparé le réalisateur à Dostoïevski pour sa quête spiritualiste. Cela ne me semble pas faux.

Marie-Hélène Dacos-Burgues
Film écrit et réalisé par Alejandro Gonzalvez IÑARRITU, Espagne, Mexique, 2010, avec Javier Bardem l’acteur principal, Maricel Alvarez la jeune femme, Eduard Fernandez, Diaryatou Daff, Ckeick N’Diaye, Taisheng Cheng, Luo Jin,

dimanche 5 décembre 2010

Film : Au fond des bois

Ce film est un film fidèle à un fait divers ayant eu lieu en 1865, dans le Var, et un questionnement sur l’inconscient. Un film ténébreux, choquant et réellement envoûtant. Benoît Jacquot, le réalisateur, a réussi à mettre le spectateur dans cette situation surréaliste qui fut celle de Joséphine, 26 ans, jeune fille de bonne famille et de très bonne moralité, entraînée dans une histoire de sexe torride. Son séducteur : un homme illettré et primitif qui fit d’elle ce qu’il voulait.
Joséphine est une jeune fille très protégée. Elle a vécu entre une mère extrêmement dévote comme on pouvait l’être à la fin du XIX ième siècle, morte au moment des événements relatés, et un père médecin de campagne athée et rationaliste. La vie de Joséphine est sans histoire jusqu’au jour où le père, le docteur Hugues, par simple générosité, accepte de loger à la maison un nécessiteux, le vagabond Timothée Castellan âgé de 25 ans, aux jambes estropiées, qui vient de la montage, se prétend sourd-muet et fait comprendre qu’il est doté de pouvoirs surnaturels. Timothée ment car on l’entend assez vite parler une langue complexe faite de provençal, d’espagnol et d’italien. Il se prétend tour à tour fils de Dieu, hypnotiseur, sorcier.
La suite des événements est rude. Subjuguée par celui qu’elle croit être le diable - cet être fruste, mal habillé, crasseux, tout à l’opposé de son univers - Joséphine suit le garçon dans les bois pour une longue aventure sexuelle qui serait totalement invraisemblable si elle n’avait pas eu réellement lieu. La question qui se pose tout au long est de savoir si Joséphine l’a suivi de gré ou de force. Benoît Jacquot sait nous donner des indices de l’une ou l’autre des alternatives. Ce qui est évident c’est qu’elle lui est assujettie par une force dont on ne sait pas si ce qui prime c’est une force extérieure à elle ou une force qui vient d’elle-même. Le film est alors un film sur le consentement très habilement mené avec des acteurs superbes et bien choisis tant chacun colle au personnage qu'il incarne à l'écran: Isild Le Besco ( Joséphine blonde, douce et réservée) , Nahuel Perez Biscayart (Timothée brun, sombre et sauvage).
En cours d’Assises du Var, la conclusion du procès fait à Timothée pour enlèvement, faute d’avoir pu répondre à la question du consentement de Joséphine sera donc l’envoûtement.
Le film fait une simple allusion - en campant dés le départ le décor sage de sa vie - à l’étouffement, chez Joséphine, dès l’enfance, des forces de vie qui auraient pu jaillir avec l’occasion ! Il ne prend pas position sur les causes de ce fait divers hors normes. Si la question de l’amour se pose, c’est de façon tangentielle et surtout ce n’est pas une explication acceptée par les protagonistes. On reste, jusqu’au générique, spectateur de l’envoûtement, comme saisi de multiples interrogations sur le désir, l’attirance, la volupté, la rationalité, la complexité des âmes. D’ailleurs le docteur Hugues, saisi d’effroi, en tombera gravement malade. On peut se demander si c’est le regret de ne pas avoir eu peur du vagabond, le sentiment du déshonneur frappant sa famille, où le fait que son esprit ne pouvait accepter la possibilité de la réalité de l’envoûtement qui le rendra malade … les trois à la fois peut-être!
Un film qui, au-delà du fait divers, a en plus la qualité de bien restituer l'ambiance et le vécu dans les paisibles campagnes à la fin du XIX ième siècle.
Marie-Hélène Dacos-Burgues

Film de Benoît Jacquot, France, 2010, avec Isild Le Besco, Nahuel Perez Biscayart, Jérome Kircher, Mathieu Simonet, Bernard Rouquette. Scénario de Julien Boivent et Benoit Jacquot.

mercredi 1 décembre 2010

Film : La tête en friche

Un film de Jean Becker

On a tous entendu parler d’un homme qui, enfant, a été tête de turc de son maître d’école. C’est le cas du héros du film, Germain, un homme dans la force de l’âge quasiment analphabète.
Il a trouvé sa place dans la société, il a des amis ouvriers comme lui, il fait son jardin et vit dans une caravane au fond du jardin de sa mère. Il a même une petite amie à qui il donne assez peu d’attention. Ses difficultés avec l’écrit et le livre ne transparaissent guère dans son quotidien sauf qu’il est réputé être un benêt dont on peut se moquer. Sa véritable difficulté à être vient plutôt des aspects affectifs plus profonds dans sa vie. Outre le fait qu’il a eu un patron qui ne le payait pas, Germain est un homme à qui la vie n’a pas fait de cadeau … pas de père et une mère qui l’a toujours accablé. Les flash-back sont un peu grossiers. Le maître d’école est odieux comme il est difficile de l’imaginer, la mère de même. Utilisés comme des loupes déformantes, ces flash-back évoquent la relation douloureuse à une mère qui le repousse et le rabroue constamment, la relation douloureuse avec le maître d’école cruel et cynique. Ce sont des moyens pour faire comprendre la sensibilité particulière qu'il a développée en réponse à ces traumatismes. Les images, dans la tête en friche de Germain, faute de mot pour dire les choses vécues, se bousculent et prennent des proportions effrayantes.
Au quotidien, Germain s’est attaché à des pigeons d’un square et fait la rencontre d’une vieille dame de 95 ans, Margueritte, manifestement d’un autre milieu que lui et qui le regarde d’un oeil neuf. Petit à petit ils s’installent dans une relation tendre. La vieille dame se met à lui lire des histoires : la peste de Camus , la promesse de l'aube de Romain Gary.
C’est un film d’humaniste remarquable par sa fraîcheur, sa justesse de ton et la finesse de jeu des deux acteurs principaux. Cette incursion dans le monde ouvrier est trop rare pour être boudée malgré quelques facilités dans le tableau de l’ambiance et les dialogues. Les efforts de Germain pour utiliser le dictionnaire que lui a offert la vieille dame sont à la fois comiques et émouvants, ils sont si vrais !! Germain dit en rendant le dictionnaire qu’il juge inutile pour lui : « Si on ne sait pas comment s’écrit un mot, on ne le trouve pas dans le dictionnaire». Cependant il s’est initié à la compréhension du monde par la lecture et à la joie que procurent les mots, il s'est en quelque sorte éduqué aux sentiments d'autrui.
Marie-Hélène Dacos-Burgues

film français, 2010, de Jean Becker avec Gérard Depardieu, Gisèle Casadesus. à partir du livre de Marie-Sabine Roger."La tête en friche"

mercredi 27 octobre 2010

Film : « illégal »

Ce qui est douloureux dans ce film c’est l’écrasement des personnes que nous ressentons fortement tant le jeu des acteurs est efficace.
Illégal est un film qui se passe en grande partie dans un centre de rétention administrative pour familles, en Belgique. Les gens qui sont là n’ont rien fait de répréhensible sauf qu’ils sont sans papiers. Le centre n’est pas une prison mais ce qui s’y passe est bien pire. C’est au point qu’une jeune geôlière, qui a besoin de son travail pour nourrir ses enfants, quitte son uniforme sur un coup de tête et s’en va après une violence de plus qu’elle ne peut admettre.
Le personnage principal du film est Tania, une russe qui parle parfaitement le français, qui a un travail mais pas de papiers. On ne saura pas pourquoi Tania et son fils Ivan de huit ans ont quitté la Russie. Mais on saura qu’elle ne veut pas y retourner au point de brûler les empreintes digitales de tous ses doigts. On saura aussi qu’elle envie son amie, biélorusse, la croyant en meilleure posture qu’elle pour avoir de vrais papiers ! Mais cette dernière reste énigmatique lorsqu’elles en parlent. En attendant Tania est soumise à un maffieux qui n’ignore rien des ficelles de son trafic car il lui a fourni de faux papiers. La situation dure depuis huit ans. Une fois Tania oublie d’être prudente : elle parle en russe avec son fils dans un bus. C’est à partir de son arrestation que sa résistance prend de l’épaisseur. Elle ne veut pas dire qui elle est, espérant de cette façon être relâchée. Elle ne fait que prolonger son séjour au centre de rétention. Refusant d’entraîner son fils dans cette galère, elle attend avec d’autres des décisions à son sujet. Enfin lorsqu’elle est menacée, elle finit par donner comme identité celle de son amie. Hélas. Alors la situation empire car son amie n’avait pas demandé de papiers sachant qu’elle devrait être renvoyée en Pologne, dernier pays où elle avait demandé l’asile, ce que Tania ignorait. On remarquera le rôle des psychologues qui agissent dans les procédures d’expulsion pour obtenir l’accord de la personne à expulser ! Le personnage de Aïssa malienne victime d’une violence physique incompréhensible est attachant. Ce qui ressort de ce film c’est qu’un si grand nombre de personnes soient traités avec aussi peu d’humanité, avec aucune visibilité sur leurs droits ni sur les procédures qui lui seront appliquées. Tania est laissée totalement seule car à partir du moment où son avocat ne peut connaître son identité il ne peut pas l’aider. Une violence morale insoutenable accompagne la violence de l’enfermement avec des stations à la cabine téléphonique qui sont autant de stations de chemins de croix car le jeune Ivan a des difficultés incontournables dehors et risque de mal tourner. L’ensemble est poignant comme est poignante l’indifférence des passants qui longent le centre sans savoir ce qui s’y passe. Le film a le mérite d’illustrer la rétention administrative d’un jour nouveau. Il ne s’agit plus comme dans Welcome de personnes ne parlant pas la langue et n’ayant aucun travail, en attente du passage au Royaume Uni. Il s’agit de personnes qui ont choisi la Belgique pour y vivre. Ici, toutes les conditions de l’intégration étaient réunies pour cette mère comme pour son fils qui est scolarisé normalement. On ne comprend pas ce système qui paraît dés lors « illégal » !! et hors du champ des droits de l’homme.
Marie-Hélène Dacos-Burgues


Marie-Hélène Dacos-Burgues
Film écrit et réalisé par Olivier Masset-Depasse, Belgique, 2010, Avec Anne Coesens, Esse Lawson, Gabriella Perez, Alexandre Gontcharov, Christelle Cornil, Olga Zhdanova, Tomasz Bialowowski ..

lundi 18 octobre 2010

Film : Poetry

Un film coréen dont le fil conducteur est la poésie.
Le film est du genre méditatif bien qu’il montre la dualité du monde, sa noirceur et sa beauté. Il commence avec les bouillonnements de l’eau d’un fleuve, des enfants qui jouent au bord de l’eau et la découverte d’un cadavre qui flotte au fil de l’eau.
Mija est une coréenne de 66 ans qui aime être bien habillée, vit seule avec son petit fils dont elle a la charge complète. On voit d’abord Mija consulter un médecin pour des pertes de mémoire puis chercher à s’inscrire à un cours de poésie. Mija est fascinée par la beauté de la nature et par les fleurs. Le film, malgré une lenteur à laquelle nous ne sommes plus habitués fait entrer dans la vie de Mija, voit le monde à travers ses yeux, entre dans son âme en nous laissant la liberté d’imaginer beaucoup de choses. Le beau et le laid se mélangent dans cette vie de façon inextricable. Le professeur de poésie a une théorie qui sert de base à la formation qu’il dispense et qui peut se résumer à ceci : « Il faut d’abord apprendre à décrire une pomme ». Voir, Mija sait déjà, mais il faut pouvoir mettre en mots ce qu’on voit. Or Mija commence à être atteinte de la maladie d’Alzheimer. Pour arriver à écrire son premier poème elle prend des notes au sujet de ce qu’elle regarde. Le club de lecture de poèmes avec les blagues salaces d’un policier ne comblent pas non plus son attente. Et que dire de son petit fils, branché sur son ordinateur et sa chaîne hifi, qui la considère comme une moins que rien ! Elle n’a comme relation que le vieux monsieur qu’elle appelle Président et dont elle est l’aide ménagère. Elle lui donne le bain, fait le ménage. Elle apprend que la noyée est une collégienne de l’école de son petit fils. Celui-ci, questionné ne sait rien, et puis il ne parle jamais avec sa grand-mère. Mija va savoir : le viol collectif et le suicide de la jeune fille. Presque tout bascule alors dans sa vie. Dans une solitude immense elle va continuer à vivre et à chercher à répondre à ces pères d’adolescents qui, avec la complicité du chef d’établissement, veulent éviter à tout prix le scandale. Rien n’est linéaire dans la vie de Mija. Tout est complexe et paradoxal et léger. Il n’y a aucun calcul. Même la détermination ne pèse pas. L’attitude avec le vieux président, celle avec sa fille qu’elle avertit très tardivement, celle avec son petit fils qu’elle prépare à aller en prison sans le lui dire mais en lui demandant simplement de se laver pour la venue de sa mère, tout reste dans le non dit. Seule la jeune fille morte semble lui tenir compagnie et l’aider dans ses choix. C’est enfin le seul poème qu’elle réussit à écrire, se mettant à la place de cette petite. Toutes sortes de correspondances dans les images soulignent le propos du film pour en faire une oeuvre de poésie, vraiment. Ce film a eu le prix du scénario au festival de Cannes 2010.
Marie-Hélène Dacos-Burgues

Film de Corée du Sud de Lee Changdong, 2010, avc Yun Jun-hee, Lee David, Kim Hira, Ahn Nae-sang,