lundi 9 juillet 2012


A Liège, rue Auguste Donnay,  juillet 2012

Au bas de la rue Auguste Donnay il y a une patte d’oiseau, l’entrecroisement de quatre rues. Ce lieu est celui où l’on attend le bus pour descendre en ville. Perdue dans mes pensées je m’avance. Je n’ai pas le temps de m’insérer dans le groupe des voyageurs qui attendent. Je suis encore sur la chaussée,  en train de traverser, qu’une petite dame m’interpelle  aimablement : «  J’ai l’air en colère,  Madame ?». Le ton est calme, la dame aussi.  J’ai tout juste le temps de l’envisager globalement avec sa casquette rouge, sa parka rouge, son pantalon vert, et sa carte sénior à la main. Timidement, je réponds : «  Pas trop non, enfin  je ne sais pas». Car je sens bien qu’elle  veut avoir l’air furieuse. Les autres n’écoutent pas. Ils forment un groupe compact un peu plus loin. Il y a là une maman de couleur avec  sa fillette, sa poussette et le bébé, un monsieur seul, une autre dame âgée, un couple. La petite dame continue sur le même ton très calme : «  Il n’a pas voulu me donner de l’argent voyez-vous ». Une histoire de couple sans doute. Un homme acariâtre ou violent comme j’image celui qu’elle peut avoir.  «  Ah bon ! » fut ma réponse.  Elle continue son monologue : « C’est incroyable quand même, il n’a pu aller à la banque, il n’a pas de sou, alors,  moi comment je fais ?  Vous voyez vous comment je fais ? ».  En réalité je n’en sais rien,  sauf que tant de fois j’ai entendu ces choses que ça me remue quand même. A-t-elle reconnu que je sais tout cela  pour m’interpeller de cette façon?  Question intime, sans réponse.  Bon,  on attend le bus ensemble. Elle s’approche de moi : «  Vous voyez j’ai quand même le téléphone »,  je ne réponds  rien.  Que dire,  la carte de bus gratuite  me semble de bon augure pour commencer la journée. C’est quelque chose déjà. Le téléphone, je ne vois pas encore très bien. Elle met la main dans la poche intérieure de la parka et tâte un objet. Elle poursuit : « Depuis qu’on dort à la citadelle,  c’est toujours pareil. Il n’a pas le sou ? Il ne peut m’en donner.  Il n’est pas encore passé à la banque ».  Je finis par comprendre un bout… Sans doute dort-elle  dans le parc de l’hôpital de la Citadelle.
J’ose : «  Vous dormez dans le parc ? »
Elle : «  Non, on dort à l’abri bus ».
Moi : « Depuis quand ? »
Elle : «  Depuis septembre ».  
Moi : «  Mais vous avez dû avoir froid cet hiver, il a fait très froid cet hiver».
 Pas de réponse. Elle est dans son idée.  Elle poursuit : «  Vous savez,  un tuteur comme celui-là, c’est pas bon ».   Elle me montre la rue en face pour me dire qu’il habite là, en face,  celui qui n’a pu aller à la banque et qu’elle est venue voir ce matin-là, celui contre lequel elle cherche  un chemin. Son geste  exprime une furie qu’elle a dû contenir.   Elle repart de plus belle : « Depuis septembre,  des comédies comme ça, il fait ».  Puis : « Je connais un commissaire de police qui m’a dit : «  Tu dois changer de tuteur ». Je connais un autre commissaire de police qui m’a dit pareil, heureusement que j’ai  le téléphone ». Elle sort le téléphone et cette fois-ci me le montre : «  Je vais le vendre à un photographe ». Je me demande pourquoi un photographe mais je me tais. Elle m’explique le déroulement  de sa journée : « Vous savez Madame je ne l’ai pas volé le téléphone. Je l’ai trouvé à l’abribus. Je ne peux rien en faire. Il est à moi parce qu’il n’y a pas de nom ni rien. Le photographe me l’achètera, vous voyez, heureusement»,  et le bus arrive. Elle file vite, monte avec les autres et s’éloigne de moi. Notre conversation a pris fin. Je me suis promis d’aller, avant mon départ,  la voir à l’abribus de l’hôpital de la Citadelle … Mais je ne l’ai pas fait. Il aurait fallu aller à une heure tardive et je n’ai pas eu le courage.

dimanche 20 mai 2012


« Le gamin au vélo »  Film des frères Dardenne et « L’enfant d’en haut »  Film de Ursula Meier. 

Le rapprochement entre ces deux films[1] n’est pas artificiel, il est inévitable. Il s’agit du même thème : l’abandon affectif  d’un enfant d’une dizaine d’années, un garçon, développé sous forme d’histoires  à la fois différentes et très semblables. Les localisations géographiques et historiques sont ceux des sociétés de l’Europe du XXI siècle et le contexte mis en avant est l’individualisme que ces sociétés secrètent.  Ces deux films parlent de la lutte pour la survie au bas de l’échelle sociale. Ils montrent, en  action, ces deux enfants au jour le jour, une petite tranche de vie : tout au plus sur une durée de six mois ; la force de ces deux films mais aussi leur faiblesse.
Dans « Le gamin au vélo »,  Cyril ne veut pas admettre que son père l’a abandonné. Il vit dans une structure d’accueil en Belgique et tout le film traduit en images  ses efforts pour retrouver en ville, dans la banlieue de Liège,  ce père qu’il aime. Le vélo est le lien affectif avec le père et le moyen de partir à la recherche de ce père. Ce sera aussi - un peu téléphoné - l’occasion pour Cyril de retrouver un substitut de mère, Samantha, coiffeuse. Puis Samantha a un amant et choisit l’enfant au détriment de l’amant qui ne veut pas de cet enfant …
Dans «  L’enfant d’en haut », Simon s’est parfaitement adapté à son délaissement, parents morts, et grande sœur qui s’absente souvent.  C’est un petit voleur dans le décor d’une station de ski en Suisse. Sa sœur, Louise, a comme Samantha un amant qui la fuit parce qu’elle est encombrée de cet enfant là…et Simon lui aussi a trouvé une mère de substitution dans une touriste.
Mais tout cela reste, pour nous,  souvent au niveau des intentions. On a plusieurs fois envie de quitter la salle de cinéma à cause des longueurs. Dans le premier cas,  les scènes de vélo qui sont trop longues, dans le deuxième cas les scènes de vol qui  sont trop répétitives. Comme si rien ne pouvait déboucher que la répétition inlassablement des mêmes choses. Sans doute ont-elles ce sens-là, ces scènes, pour le grand public visé par ce genre de film? Les figures de pères de substitutions existent : un malfrat dans « Le gamin au vélo » et les ouvriers de la station de ski dans «  L’enfant  d’en haut ».  Pauvres modèles. En filigrane la notion d’enfant en danger, la possibilité de la dérive. Les deux films sont trop cliniques. Il leur manque de l’oxygène, du sentiment… il manque- je dirais - non pas des « bons sentiments » toujours assez suspects, mais de l’émotion vécue. Il me semble que le monde des plus pauvres n’est pas à ce point déshumanisé, qu’il devrait y avoir une ou deux scènes affectivement plus denses en plus, car au niveau de l’âge de ces enfants, la saisie au vol d’un brin d’amitié par exemple aurait été assez réaliste! C’est  pour moi ce qui reste le plus préoccupant, ce regard de personnes bien intentionnées, car pour les frères Dardenne au moins, ils  ont déjà fait beaucoup mieux. Retenons cependant qu’il y a, c’est certain, un refus de l’idéalisation de la misère commune aux deux cinéastes-refus  tout à fait respectable et nécessaire-, et retenons aussi que la question des conditions de la survie de ces enfants en danger dans notre société reste posée, questionnement sans réponse : probablement  le  vrai but de chacun de ces films avec d’un côté la société sourde et aveugle, de l’autre ces petits paumés qui ne se mélangent aux autres qu’à l’occasion d’actes délictueux. En définitive des films qui atteignent leur but ?
Marie-Hélène Dacos-Burgues

[1] Le gamin au vélo, film belge de Jean-Pierre et Luc Dardenne, 2011, avec Thomas Doret (13 ans), Cécile de France ( Samantha), Jérémie Régnier, Egon Matéo, film présenté au festival de Cannes 2011 ; L’enfant d’en haut, film franco-suisse de Ursula Meier, 2012, avec Kacey Mottet Klein(12 ans) , Léa Seydoux ( Louise)  

mercredi 22 février 2012

Le Havre

Film « Le Havre »
De Aki Kaurismäki
Ce film, étrange et beau, se présente comme une succession de compositions de cartes postales surréalistes. Il est déroutant. On est surpris par les acteurs comme si on les regardait subrepticement, au travers d’un œilleton indiscret, en train de répéter leurs textes alors que leur diction reste encore un peu trop théâtrale.
Passé l’effet de cette première cocasserie, on finit par s’adapter…
Comme en contre - feux à l’exposition à l’émotion, la distance et le décalage semblent bien là avoir pour mission de susciter une véritable réflexion.
Nous sommes devant une histoire qui ne nous prend pas d’abord par les émotions, mais par la dérision, le désuet. Son impact est poétique et politique.
De quoi s’agit-il donc ?
Le personnage principal ( joué par André Wilms) porte le nom impossible de Marcel Marx, a une femme qui s’appelle Arletty ( jouée par Kati Outinen), une femme malade etqui ne se plaint pas, une chienne prénommée Laïka, un ami irrégulier, vietnamien ou peut-être chinois nommé Chang ( ça dépend du point de vue qu’on adopte) qui l’aide à cirer des chaussures en gare du Havre. Il a en plus un passé d’écrivain non reconnu et vit dans une zone populaire du Havre sans chichi, avec des habitudes de prolo. Voilà tout d’abord à la fois un vécu et un décor de couleur bleue et enfin une belle série de clins d’œil !
Cependant la vie tranquille de Marcel Marx va basculer.
Comme dans le film Welcome surgit une réalité dure. Celle des immigrés clandestins tous sortis d’un container arrivé par voie d’eau et dont, en principe, la destination finale était Londres … Tous arrêtés par la police, et conduits au centre de rétention administrative, sauf un gamin de 14 ou 15 ans qui s’enfuit avec agilité... Alors qu’un policier Monet ( joué par Jean-Pierre Darroussin ), énigmatique personnage d’un bout à l’autre du film, couvre sa fuite…
La rencontre de l’enfant Idrissa et de Marcel Marx se fera au bord de l’eau et dans le monde simple de Marcel Marx ! La caméra explore le décor d’une France peuplée de « petites gens » et de policiers investis d’une mission précise. Les uns au grand cœur, les autres se délectant dans le rôle de « délateurs ». Ce sont des commerçants issus du petit peuple - la boulangère qui ne veut plus faire crédit, le légumier qui fait mine de se fâcher - qui tous, tour à tour se montrent « durs en affaires » ou généreux. Autres petites gens du Havre ces piliers de bistrot aux mines patibulaires de fin fond de province, le rocker Little Bob convoqué par Marcel Marx pour trouver des subsides afin aider Idrissa à rejoindre Londres, la patronne du bistrot Claire, et même le médecin de l’hôpital ( Pierre Etaix) qui va soigner Arletty. Ils sont plus qu’émouvants, ils sont vrais. Tous sont des Français moyens semblables à leurs concitoyens qui aux heures sombres de l’occupation devaient décider dans un court instant des choses de la vie et de la mort. Un film donc sur la fraternité des hommes du peuple, réalisé par un cinéaste finlandais Aki Kaurismäki, dont il apparaît bien qu’il aime la France dans ses détails.
Film favori pour la palme d’Or à Cannes qu’il n’a pas eue, ce film a obtenu le prix Louis Delluc 2011.

vendredi 21 octobre 2011

Arrêté municipal contre mendicité. Lettre ouverte du collectif Alerte à Marseille

LETTRE OUVERTE

À Monsieur Jean-Claude GAUDIN, Maire de Marseille

Monsieur le Maire,

Vous souvenez-vous où vous étiez le 17 octobre 2001 ?

Vous étiez en train d'inaugurer, sur la Place de l'Espérance à Marseille, la dalle en l'honneur des victimes de la misère, reproduction de celle inaugurée le 17 octobre 1987, au Trocadéro, par "Joseph l'Insoumis" Wresinski, et entre autres, Madame Simone Veil, ministre. Cette dalle donne en sa partie finale un programme bien précis pour éliminer la misère :

"Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère,
les droits de l'homme sont violés,
s'unir pour les faire respecter est un devoir sacré"

A Marseille, pour bien marquer VOTRE engagement en tant que Premier Magistrat de cette ville, vous vous avez souhaité faire ajouter cette mention (cf. photo ci-contre) :

"Le 17 octobre 2001, Marseille et les Marseillais se sont engagés à ce que chacun puisse vivre dignement dans le respect de toutes les cultures"

Nous n'osons croire que vous avez volontairement voulu fêter l'anniversaire de cet engagement en avalisant, 10 ans plus tard, jour pour jour, cet arrêté "anti-mendicité" du 17 octobre 2011 "indignement" signé par votre adjointe à la sécurité.

Vous ne pouvez renier à ce point vos engagements en acceptant, sous la pression de certaines composantes de votre conseil municipal, un arrêté qui stigmatise une population précaire malmenée par la vie.

Nous considérons, pour notre part, que le seul tort de ces populations est, non pas de nous agresser quand nous la rencontrons en ville, mais de nous faire poser des questions sur les raisons qui les ont amenées à cette situation et sur l'incohérence des politiques publiques qui ne leur permet pas de vivre dignement autrement qu'en mendiant.

Nous dénonçons, comme vous, l'esclavage qu'elles subissent parfois de la part de certains en les maintenant dans des situations de dépendance.

Nous vous engageons instamment à revenir sur cet arrêté refusé à ce jour par une majorité de citoyens marseillais (cf. sondage au 19 Octobre, 15 heures, sur le site de la Ville : 61% contre ; 39 % pour). Ceci permettrait de redonner aux Marseillais la fierté qu'ils viennent de perdre, mais qui est fondamentalement la leur, d'être la ville "fondée sous le signe de l'ouverture, de l'échange, et du respect de l'autre" et qui "incarne les valeurs d'humanité et de fraternité" comme plus de 300 000 d'entre eux l'ont signé sur la dalle voisine de la précédente, sur l'Arbre de l'Espérance (cf. photo, texte en tête des 300 000 signatures) (Passer en zoom 200 % pour mieux lire le texte !)

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de nos meilleures salutations.

Le Collectif ALERTE

Composition du collectif ALERTE PACA : L'agence régionale PACA de la Fondation Abbé Pierre, Association les petits frères des Pauvres, Délégation régionale du mouvement ATD Quart Monde, Fédération des Associations et des Acteurs pour la Promotion et l’Insertion par le Logement (FAPIL) Méditerranée, Fédération de l’Entraide Protestante, Fédération Nationale des Associations d’accueil et de Réinsertion Sociale (FNARS), Fondation Armée du Salut, Fonds Social Juif Unifié (FSJU), Les Communautés d’Emmaüs Aix-Marseille, Ligue des Droits de l’Homme - PACA, Médecins du Monde (Collège PACA), Mutuelles de France Méditerranée, Secours Catholique, Solidaires contre la Pauvreté, Solidarités Nouvelles face au Chômage (SNC), Union inter Régionale Interfédérale des Organismes Privés non lucratifs Sanitaires et Sociaux (URIOPSS) PACA et Corse, Voisins et Citoyens en Méditerranée (VCM).



ANNEXE






NB : accessoirement, l'état de cette dalle et de celle de l'espérance n'est pas digne d'accueillir des centaines de milliers d'européens pour Marseille 2013…

jeudi 20 octobre 2011

Quelle école pour quelle société? Aix en Provence. partie III

3- Quelle école voulons-nous ?

En tant que citoyen préoccupé par l’enfance, on se doit d’avoir individuellement une certitude chevillée au cœur : L’enfant pauvre ne peut tirer profit de l’école que s’il sent qu’à l’école ses parents et son milieu n’y sont pas jugés et condamnés.

-- Nous voulons refuser toute stigmatisation

▲ Nous refusons l’étiquetage de « l’enfant à risque d’échec scolaire » mais nous sommes attentifs au dépistage précoce des problèmes courants d’audition, de dentition, de vue. Nous incitons les parents à présenter leurs enfants aux visites médicales en rassurant les parents qui vivent dans les conditions les plus difficiles car ils craignent toujours le placement de leur enfant.
▲ Nous dénonçons, très consciemment, et à haute voix, toutes les visions réductrices de l’enfant pauvre. Le danger, dans l’exercice des métiers liés à l’enfance, est de criminaliser, médicaliser, ethnologiser l’enfant ! Il est fondamental de refuser de renvoyer l’enfant qui a des difficultés provisoires à sa différence.
▲ Le Mouvement ATD Quart Monde a mis en place un réseau de professionnels de l’éducation qui échangent des expériences positives et bâtissent une réflexion en collaboration avec des familles du Mouvement. Ce réseau organise, à Lyon, les 11 et 12 novembre prochain : Les ateliers de l’école. Un des animateurs de ce réseau est Régis Félix qui a été principal d’un collège pendant 7 ans après avoir été professeur de classe préparatoire. Il rend compte de cette période de sa vie dans un livre intitulé : « Le principal ne nous aime pas »

- Avec les parents, les enseignants et les différents partenaires de l’école

▲ Nous considérons que tout enfant est une personne en devenir qu’il faut reconnaître dans sa situation de dépendance par rapport à sa famille, à son quartier, à son environnement, mais nous croyons en même temps qu’il est porteur d’intelligence.
▲ Nous mettons en œuvre une pédagogie de la réussite différenciée en étant attentifs aux transitions grande section maternelle /CP et CM2/ sixième. Nous avons des attentes positives concernant les enfants en difficulté.
▲ Nous tentons de réduire la distance entre l’école et les parents, nous cherchons à travailler avec tous les parents sans exclusive en reconnaissant que tous les parents ont des attentes par rapport à l'école.
▲ Nous nous exerçons à la responsabilité citoyenne de tous et à la réflexion croisée entre professionnels et les parents pauvres.
--- Je conclurai comme le disait JW, " Tous les hommes sont faits pour penser. Tous les hommes sont faits pour créer des relations humaines."
Je vous remercie.
Marie-Hélène Dacos-Burgues

mercredi 19 octobre 2011

Journée mondiale du refus de la misère . 17 octobre 2011, Aix en Provence Quelle école pour quelle socité? partie II

Suite :
2 – Quelle société voulons-nous ?

Au sein d’ATD nous voulons faire admettre que la pauvreté est une violation des droits de l’homme.

--- Cela a des conséquences directes sur la nature des obligations des Etats.

▲ Bien que les pauvres soient sujets de droit comme tout le monde, dans les faits, des universitaires ont montré que leurs droits sont bien souvent bafoués. Dans notre société les mises à l’écart s’auto-alimentent mutuellement.
▲ La pauvreté monétaire et la pauvreté de conditions de vie pourraient être combattues : il est évident qu’un travail pour chacun, un logement digne pour tous, le droit à la santé devraient être des obligations, des objectifs de la solidarité nationale.
▲ Notre société doit se donner les moyens nécessaires pour développer un enseignement pré-primaire er primaire de grande qualité.
Il faudrait investir davantage dans la petite enfance :
- En crèche des places, un accueil large pour aider les mamans qui cherchent du travail.
- Une école maternelle qui fonctionne dans de bonnes conditions d’accueil
-Une école primaire redevenue gratuite : fournitures gratuites et études du soir gratuite.
- Des cantines non discriminatoires.

--- Au sein d’ATD nous voulons une société riche de tout son monde : Nous voulons faire entendre la parole des plus pauvres

▲ L’histoire du Mouvement ATD Quart Monde pourrait s’expliquer comme étant une tentative de faire entendre les voix des plus faibles de nos concitoyens au niveau politique et pour développer des projets d’avenir au bénéfice de tous.
▲ Les familles pauvres ont le désir très profond que leurs enfants puissent se libérer de la fatalité de la grande pauvreté et l’école leur semble être le moyen d’arriver à casser le cercle vicieux de l’enfermement dans la misère. Il faut soutenir la communication entre elles et les enseignants et plus largement entre elles et les politiques. Au sein du Mouvement ATD Quart Monde, les plus pauvres apprennent à s’exprimer à l’Université Populaire du Quart Monde.
▲ Le Mouvement expérimente dans des quartiers des actions qui luttent concrètement contre l’échec scolaire, en cherchant à développer les coopérations plutôt que la concurrence et l’individualisme scolaire : BDR ; Pré-écoles ; Espaces parents-enfants ; Parents solidaires. Il diffuse aussi des dossiers pédagogiques.
Marie-Hélène Dacos -Burgues
suite et fin demain ..

mardi 18 octobre 2011

Quelle école pour quelle société?

Le 17 octobre 2011 à Aix en Provence
Bonsoir à tous,
Créée en 1987, la "Journée mondiale du refus de la misère" cherche à être l’amplificateur du combat quotidien contre la grande pauvreté.

Mais quel combat ?

-- Le Mouvement ATD Quart Monde est un Mouvement citoyen, rassemblant des personnes de différentes convictions et de différents milieux. C’est un mouvement non politique au sens partisan du mot, mais politique malgré tout par le questionnement qu’il fait de notre société. Ce questionnement, le Mouvement le fait à partir de la parole des personnes les plus éloignées de la culture savante.
A la suite de son fondateur le Père Joseph Wresinski, ATD Quart Monde ( Agir Tous pour la Dignité) a toujours exprimé sa volonté que tous, y compris les plus pauvres, participent à l’élaboration d’un projet de société plus égalitaire et plus juste, riche de tout son monde. Il agit dans ce sens depuis 50 ans avec des lignes de force : les droits de l’homme, les savoirs et les connaissances, la participation des plus pauvres.

Les enfants pauvres

--- Les enfants pauvres de notre pays sont dans une situation inédite malgré la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans. La perte des petits métiers qu’on apprenait avec papa ou maman rend très problématique le devenir professionnel de ces enfants de même d’ailleurs que leur développement personnel. Les enfants dont les parents ont de très faibles revenus et un faible capital culturel sont obligés de tout attendre de l’école alors que dans le même temps l’école est devenu un lieu si peu accueillant pour eux qu’ils redoutent bien souvent de s’y rendre…
… Parce que les camarades vont se moquer d’eux… Parce qu’ils ne sont pas en phase avec la société de consommation… Parce qu’ils ressentent des conflits de loyauté entre leur famille et l’école… Parce qu’ils doivent y oublier leurs savoirs de vie pour entrer dans des savoirs abstraits ayant peu de sens pour eux puisque ceux-ci ne sont pas concrètement présents au sein de leur vie.

1-La misère et l’échec scolaire sont intimement liés


■ On doit le constater : Même si la grande majorité des acteurs de l’école fait très correctement son travail, globalement, non seulement le système scolaire n’est plus un facteur de réduction des inégalités mais il accentue les disparités sociales.

----  La moitié des disparités sociales de réussite sont constituées à l’entrée à l’école élémentaire, et, ensuite, à chaque année scolaire, les écarts de réussite entre les enfants de milieu favorisé et les enfants de milieux défavorisés s’accentuent un peu plus.
▲ Dés l’entrée au CP la catégorie socioprofessionnelle des parents est le facteur qui discrimine le plus les scores des enfants, davantage que le trimestre de naissance ou le fait d’être en ZEP.
▲15% des élèves en CM2 présentent de très lourdes difficultés en lecture et en calcul.
▲ Un quart des enfants sont en retard en sixième. Les enfants pauvres le sont nettement plus que les autres : Pour eux c’est 45 % .
▲La proportion d’élèves en grande difficulté à la fin de la troisième s’est accrue de 30 % au cours des dix dernières années.
▲A la journée défense et citoyenneté (JDC), 20% des jeunes testés sont de mauvais lecteurs.

----  On l’entend souvent dire : chaque année 150 000 jeunes quittent le système éducatif sans qualification et 80 000 jeunes sortent de l’école obligatoire sans maîtriser les apprentissages fondamentaux : lire, écrire, compter. Ces chiffres ne sont pas en recul. Ils augmentent même. Ces 150 000 jeunes n’ont ni BAC PRO, ni BEP, ni CAP, malgré des progrès au niveau de la diversification des parcours en lycée, et 40 % de ces jeunes sont au chômage 3 ans après.
▲ L’échec scolaire peut toucher toutes les classes sociales mais l’échec scolaire touche beaucoup plus les enfants dont les parents ont un faible niveau de vie. Lorsqu’on se penche sur l’origine sociale de ces jeunes qui ont arrêté leurs études sans diplôme on se rend compte qu’ils étaient, en 2004, au nombre de 20% parmi les enfants pauvres et de l’ordre de 1% parmi les familles les plus favorisées.
▲ Les variables explicatives sont nombreuses et la mesure de leur influence respective est complexe. La proximité des parents au système scolaire (niveau de diplôme, profession …) et leur disponibilité ( structure familiale, horaires de travail …) apparaissent comme des facteurs clefs. Le revenu des parents est également fortement discriminant.
à suivre ...
Marie-Hélène Dacos Burgues ( la suite demain )