samedi 11 octobre 2008

Egalité - Pourquoi a-t-il considéré les femmes comme des égales et non comme des subalternes?

Pourquoi a-t-il considéré les femmes comme des égales et non comme des subalternes ?

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" Pourquoi avons-nous commencé par les femmes?" s’interrogea-t-il à une réunion de volontaires en 1962. En effet rien n’était moins évident, et rien dans sa formation ne le prédestinait à cela. Il aurait pu comme tant d’autres prêtres s’occuper des ouvriers au sein des usines, ou bien des loisirs des jeunes garçons, ou bien comme avait commencé à le faire l’Abbé Pierre avec Emmaüs, il aurait pu continuer à structurer l’inactivité forcée des certains hommes très démunis autour du ramassage de chiffons, et des différents rebuts de la société de consommation. Mais il avait compris qu’il fallait aider les femmes à être mères lorsqu’elles le souhaitaient ou lorsqu’elles l’étaient déjà, que le conjoint soit le mari selon l’Église, selon l’état civil ou qu’au contraire il soit un compagnon de vie provisoire. Pas de morale donc là dedans. Son histoire personnelle est probablement la source de cette conception des choses mais peut-être plus fondamentalement me semble-t-il faut-il y voir sa capacité à se laisser interroger par le réel.
Ce qui est remarquable c’est qu’il sera rejoint dans cette idée, non pas par son église, mais par une grande figure du féminisme, historienne, Yvonne Knibielher, sa contemporaine qui osa dire tout haut, à 85 ans, cinquante ans après lui, dans le Monde : " Ce que j’espère, c’est que celles et ceux qui se diront féministes à l’avenir auront compris qu’il faut certes aider les femmes à ne pas être mères quand elles ne veulent pas l’être, mais qu’il faut les aider à l’être quand elles le souhaitent." .
Joseph Wresinski disait que les enfants sont acceptés en milieu de grande misère, non pas pour toucher les allocations familiales, mais à cause du sens de la vie qu’ont les familles du Quart-Monde. Il disait : " la famille est le seul refuge quand tout manque" et que les femmes étaient " le pivot de la résistance à la misère." . Mais la famille, telle qu’il la voyait dans le camp, n’était pas la famille de sang, la famille biologique dite naturelle, ni la famille reconnue par la société civile, mais la famille de fait. La famille, pour lui, c’était le " ménage" au sens sociologique du terme parce que c’était le couple avec enfants qu’il côtoyait. Chacun de ces ménages baroques aux yeux de ses contemporains, ces couples condamnables selon la morale, soupçonnés de vices cachés, mais qui assumaient réellement et plus ou moins bien, le souci des enfants, présents ou placés.
Citation de Joseph Wresinski:

" Vous me dites que les parents ne se chargent pas assez de leurs enfants. Or, ils s'en chargent beaucoup, mais ils le font mal. Ils s'imaginent que bien aimer les enfants signifie les avoir toujours dans les jambes, toujours autour de soi. Ils font corps avec eux. Si l'enfant fait quelque chose sans qu'ils l'aient vu, ils ont l'impression de ne pas avoir assumé leur rôle de père ou de mère. Ils préfèrent parfois garder les enfants chez eux que de les envoyer à l'école. Ils ne sont pas vraiment tournés vers ce que la société propose pour partager la charge d'éducation [...] Le cœur du problème était de savoir : ces enfants sont-ils une charge ou sont-ils un bonheur pour les parents? Nous avons vite fait de conclure qu'ils étaient une charge, et les femmes d'ici semblent souvent nous donner raison. Lorsqu'une femme veut du mal à sa voisine, lorsqu'elle est en colère, elle lui dit : " Je te souhaite un enfant de plus". Avoir un enfant serait donc considéré comme un malheur. Regardons pourtant comment les femmes se comportent, quand elles se trouvent devant la réalité d'un enfant qui va venir. Elles savent très bien comment arrêter la grossesse, et elles n'en subiraient aucun contrecoup. Pourtant, y a-t-il ici plus de trois ou quatre fausses couches sur les quelques quatre-vingts naissances, chaque année? En réalité, les avortements sont rares. Cela nous dit quelque chose sur la profondeur du sens de la vie dans notre milieu. Il y a un respect très profond de la vie, et il est important pour nous de le savoir. Il y a là une " valeur gardée", la seule peut-être qui permette à l'homme dans la misère de se sauver. […] Les enfants sont acceptés à cause de ce sens de la vie et non comme le disent les mauvaises langues, pour toucher les allocations familiales [..] La question de l’argent, n’est-ce pas à la société qu’il faut la poser ? La société disons-nous, doit aider à la limitation des naissances, mais aussi donner de l’argent aux familles, selon leurs besoins et leurs moyens.".
Les enfants en milieu de misère, avril 1962, Écrits et paroles, t 1, p. 58.

Extraits du livre :
Agir avec Joseph Wresinski.
L’engagement républicain du fondateur du Mouvement ATD Quart Monde .
Editions chronique sociale-2008- 320 p.
En vente aux éditions chronique sociale, aux éditions Quart Monde et en librairie. 16,90 euros

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